Fours à chaux normands (2)

 

Début de l’article consacré aux four à chaux hand-cursor

 

Nous suivons les traces des chaufourniers sur l’autre rive de la Vire où se trouvent deux autres sites conçus avec le même principe. Une mise en valeur est en cours de réalisation.
Commençons par les fours du Bahais adossés au coteau.

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Là aussi, seules les chauves souris ont accès aux structures internes. Par contre, on peut accéder à la partie supérieure de l’édifice avec vue sur les gueulards.

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Au nadir des orifices, (E pericoloso sporgersi) on devine également un cône, mais ici, pas moyen de pénétrer au pied du four pour observer la disposition des lieux.

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La visite continue en empruntant un chemin parallèle à la Vire. Il nous conduit aux imposantes murailles des fours du Hamel Bazire.

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Les embrasures spectaculaires débouchent dorénavant sur une esplanade dont l’ambiance champêtre est sûrement bien éloignée de l’agitation besogneuse qui devait régner au cours de l’exploitation. Plus aucune trace des concasseurs broyeurs etc, seul un tronçon de rails Decauville subsiste dans les broussailles.

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La base des édifices est desservie par des corridors de toute beauté. Il est à souhaiter que la rénovation des lieux laisse la possibilité de les parcourir.

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A la base de ce four, on compte huit ouvreaux de petite taille au ras du sol. Là aussi, je m’interroge quant à l’ergonomie du système. La taille des ouvertures doit avoir une influence concernant le contrôle de la calcination.

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On remarque que la base des piliers comportant les ouvreaux est en pierre contrairement à la partie supérieure en briques.

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Faisons un grand saut vers l’Ouest afin de continuer nos visites par les augustes fours à chaux du Rey proches du petit port de Regnèville. Leurs tailles donnent bien une idée de l’importance de l’usage de la chaux à l’époque.
Édifies en 1852 par Victor Bunel, les quatre fours fournissaient plus de 20000 tonnes de chaux annuellement. La proximité du port offrait de grandes facilités d’exportation, mais aussi d’importation. En effet, la calcination en continu était grande consommatrice de charbon, ce dernier arrivait en provenance du Pays de Galles.
Le site est impressionnant avec ses allures de château fort.

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Si le principe de cuisson est semblable aux fours précédents, on note des différences notables. Les embrasures sont spacieuses, pas assez cependant pour permettre le passage d’un tombereau attelé.

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La position surélevée des ouvreaux permet une extraction plus aisée. En dessous, se trouve le cendrier qui collecte la chaux poudreuse mêlée de cendre de charbon (menue chaux).

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L’autre grande différence provient de la présence de foyers secondaires placés à mi-hauteur. Ils permettent de relancer éventuellement la combustion et de contrôler le tirage.(Procédé Simonneau.)

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On accède à ces foyers intermédiaires par les coursives qui parcourent les murailles.

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On imagine sans mal le terrain de jeux pour gamins que présentait ce site en friche avant que le Conseil Général en fasse l’acquisition en 1987.

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Maintenant, il est propre comme un sou neuf et son entrée payante donne également accès à un musée maritime.

 

Faisons un autre petit saut géographique et temporel. Proche de Caen au milieu d’une friche, on peut encore trouver les ruines de fours à chaux plus récents. Le démantèlement du site ainsi que les Michel-Ange locaux font que les lieux sont en piteux état.
Si on ne peut trouver d’intérêt plastique à ces vestiges, on peut tenter d’y découvrir des éléments susceptibles d’éclairer notre lanterne sur le fonctionnement des fours à chaux. Hélas, bien que l’arrêt de l’exploitation doit remonter aux années 1950, je n’ai pratiquement pas trouvé de documents concernant cette exploitation malgré son importance.

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Ces fours fonctionnaient en parallèle à l’exploitation d’une importante carrière souterraine de pierres à bâtir. On peut supposer que les déchets de taille servait de matière première à la fabrique de la chaux.

A proximité des fours, un puits d’extraction profond d’une quinzaine de mètres débouche au fond dans la carrière souterraine.

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Voici tout ce qui reste du système qui véhiculait la pierre à cuire de la carrière aux gueulards situés au-dessus de notre tête.

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En se frayant un chemin dans les gravas, on peut pénétrer au pied de deux grands fours. La vue en contre-plongée de ces « puits » offre un spectacle toujours spectaculaire.

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La partie dégradée de la paroi du four permet de constater que les briques réfractaires qui tapissent les parois du four reposent à la base sur une cornière métallique circulaire.

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Au-dessus des ouvreaux de taille respectable, des équerres métalliques sont fixées laissant supposer un usage en rapport avec la sole.

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Face à ces deux fours, l’autre partie des bâtiments enferme deux autres fours de taille plus modeste.

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Les gueulards obturés font que les parois, recouvertes d’une épaisse pellicule, ont conservé une belle couleur éburnéenne.
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Pourquoi deux tailles différentes de four sur ce site ? Aucune idée et une fois de plus, nous quitterons les lieux quelque peu frustrés de ne pas en connaître les tenants et aboutissants.

En Normandie, les vestiges de fours à chaux sont relativement nombreux. La proximité de la Bretagne, dont le sol acide nécessitait d’être amendé, ainsi que le centre sidérurgique de Caen plus récemment, ont offert des débouchés pour cette industrie.

Si le principe de cuisson est à peu près partout le même, chaque four possède ses caractéristiques qu’il est bien difficile d’expliquer après coup. Peut être qu’un spécialiste comblera nos lacunes.

 

J’aurai bien aimé conclure sur une note joyeuse, mais coïncidence malheureuse, je viens d’être témoin en direct dans l’Aveyron de la mise à mort d’un four sacrifié sur l’autel de l’amélioration du réseau routier.

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Le four a chu
Il appert que beaucoup me chaut !

 

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Chaux devant !
Ce que j’apprécie particulièrement à la vue de ces vestiges industriels, c’est l’architecture uniquement fonctionnelle. Ici, pas de fioriture ni de superflu. Le ciment et ses constructions industrielles normalisées n’ayant pas encore fait leur apparition, les ruines de pierres ou briques conservent ainsi une belle allure qui s’intègre harmonieusement dans le paysage grâce à l’utilisation de matériaux locaux.
Sur les rives de la Vire, plusieurs fours dressent encore leurs imposantes structures. Utilisée dès l’antiquité pour amender les champs et la maçonnerie, la chaux était un élément important dans l’activité rurale. L’avènement de la sidérurgie a augmenté considérablement les besoins, la chaux faisant partie du cycle de l’élaboration de l’acier.
Le principe de fabrication est simple puisqu’il suffit de porter du calcaire à une température de 900° minimum pour obtenir de la chaux vive.
Le passage à l’acte est un peu plus complexe et le fonctionnement des fours demandent un grand savoir-faire de la part des chaufourniers.
Je dois avouer que la visite des lieux m’a apporté autant de questions que de réponses concernant les subtilités de ce métier.
En général, les différents types de four de calcination se présentent sous la forme d’un puits de forme ovoïde qui s’alimente par le haut et se vide par le bas. Ensuite, cela se complique.
La calcination du calcaire s’effectue dans deux types de four dits à combustion intermittente ou à combustion permanente.

 

Les fours de Cavigny font partie d’un complexe industriel datant de la moitié du 19e. Ils ont été construits sur les plans d’Alfred Mosselman, industriel franco-belge, qui a beaucoup œuvré en Normandie. L’activité a perduré jusqu’en 1930. L’apparition des engrais chimiques et l’usage du ciment entraînèrent la fin de l’activité.
De chaque côté de la Vire, trois sites sont classés.
Commençons la visite par le site privé de La Meauffe.
A proximité des fours, la carrière de calcaire est devenue un charmant petit lac où la brise normande donne la chair de poule à la surface.

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Une vue aérienne datant de 1947 donne une bonne idée du site.

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Sur le plancher des vaches, si les bâtiments annexes ont disparu, on retrouve les deux constructions qui abritent les fours .

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Le premier, comme bien souvent, est adossé à un talus pour faciliter l’accès aux fours qui s’alimentent par le haut. (Gueulard)
Un rapide coup d’œil permet de constater qu’il ait subi des transformations au fil du temps.

La meauffe

 

Déjà la première question sans réponse : Quel pouvait être l’usage de ces trappes en façade ? Contrôle du tirage ? Je ne sais.

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Etant donné que l’accès intérieur du bâtiment est réservé aux chiroptères, rabattons-nous vers l’autre bâtiment.

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Pour cebâtiment, pas de talus, l’accès aux gueulards s’effectuait à l’aide d’une rampe inclinée aménagée d’une petite voie ferrée.

rampe
Une petite dérivation des eaux de la Vire a permis l’implantation d’une roue à aubes chargée de mouvoir un treuil afin de tracter les wagonnets.

roue a aubes

 

La bâtisse est longée d’un petit chenal qui conflue avec la Vire. Un quai permettait de verser la chaux dans des gabares. Les vestiges encore en place ne me permettent pas d’en appréhender le fonctionnement.

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L’intérieur des bâtiments en briques se présente sous la forme de deux couloirs principaux coupés de traverses orthogonales où la lumière a du mal à se faufiler.

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Au-dessus de nos têtes, les croisées des voûtes ne manquent pas d’élégance évoquant une sorte de mandala au camaïeu d’ocres.

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La taille des piliers peut surprendre, mais l’interrogation est vite levée quand on comprend qu’ils renferment la base des fours comme l’indique cette embrasure murée.

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Par ces embrasures, on accède aux huis qui desservent le bas du four. (Ouvreaux). Une porte entrebâillée, après une reptation pénible, me donne accès à l’intérieur du four.

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La vue dans cet espace confiné est assez impressionnante.

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Détaillons les lieux :
1/ Au pied, l’aplomb est occupé par un cône en pierre. Je suppose que ce dernier est chargé de guider les pierres concassées vers les ouvreaux. Les barres métalliques coudées devaient servir d’appui à des barres de fer horizontales et amovibles formant une sorte de grille soutenant les blocs de pierre.
Il faut remarquer que la pression verticale exercée sur la grille est atténuée par la forme ovoïde des parois.

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2/ Manifestement les ouvreaux servent à démarrer le foyer ainsi qu’au défournement.
3/ Le revêtement en briques réfractaires commence à 1.50 m. du sol ce qui correspond à la hauteur du cône.
Toutes ces observations me font pencher pour un four à cuisson permanente ce qui est compatible avec la volonté de production industrielle du site.

Les fours se présentent donc à peu près de cette façon (proportions inexactes) :

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Concernant la suite, l’avis d’un spécialiste sera le bienvenu.
Avec beaucoup de précautions, je propose cette méthode. Par les ouvreaux, on allume un gros foyer sur lequel on déverse du charbon et une couche de calcaire retenus par les barres métalliques qui font office de sole.

Au fur et à mesure du remplissage, le foyer se déplace verticalement vers le haut Par gravitation, le calcaire calciné descend vers la base du four en se refroidissant. Au travers des ouvreaux, le chaufournier extrait les pierres à l’aide d’un crochet (havets ou ringards) en déplaçant les barres amovibles. Il est étonnant de constater que la taille réduite et la position au ras du sol des ouvreaux ne devaient pas rendre la chose facile. Cela ne semble pas très fonctionnel pour une production industrielle, mais il y a certainement une explication.
Le volume du sous-tirage de la chaux est compensé par l’apport de calcaire et charbon dans le gueulard. Le cycle est ainsi ininterrompu.

Toujours au niveau des interrogations, je suppose que la granularité du concassage du calcaire doit avoir une grande importance afin de permettre le tirage du foyer. Au pied du four, les portes des ouvreaux peuvent permettre de réguler celui-ci ?

Plutôt que risquer de s’étendre en billevesées, nous continuerons la visite des autres fours dans un prochain article. hand-cursor

L’église de Ménil-Gondouin

 

Je vous ai déjà proposé des visites virtuelles d’édifices religieux. J’avoue être assez sensible à la sobriété pour ne pas dire à l’austérité du style roman qui parfois recèle de petites facéties sculptées .
Mais aujourd’hui, nous allons changer complètement de registre avec l’église de Menil-Gondouin, minuscule commune de l’Orne. Je l’ai dénichée par hasard en cherchant autre chose, comme quoi les voies du Seigneur…
Il faut avouer qu’en empruntant une petite route, on ne s’attend pas à passer devant une telle façade !

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Ça pique un peu les yeux ! Nous ne sommes pas loin de ce que l’on pourrait qualifier d’art brut sur un support peu courant, pour ne pas dire unique! L’ensemble est pour le moins original dans cet environnement rural et nous change des représentations de style pompier si fréquentes fin XIXé siècle.
Édifiée en 1870, l’église voit débarquer trois ans plus tard le curé Victor Paysant.
Féru d’archéologie et homme de culture au caractère bien trempé, il est impressionné par l’invention des frères Lumière. Il entreprend alors de décorer son édifice pour en faire, suivant ses dires une « Eglise vivante et parlante ».
Et des mots, il y en a ! Textes en latin et français recouvrent la façade dans un joyeux imbroglio coloré.
Les motivations qui ont guidé Victor Paysant sont difficiles à définir. Les compositions s’apparentent un style naïf or, le curé avait une réputation que l’on qualifierait maintenant d’intellectuel. On pourrait penser également que ce style « BD » serait une volonté de vulgariser les messages pastoraux afin de les rendre plus accessibles, mais cette propagande écrite devait rester indéchiffrable pour la grande majorité des fidèles qui fréquentait son église.
Sans doute inquiet que le curé tagueur ait souillé la bible, le diocèse fit effacer toutes les fresques à la mort ce dernier en 1921. Heureusement, 90 ans plus tard, cette manifestation pas très orthodoxe de la Foi ressuscita grâce à l’initiative de la municipalité. En 2006, la réhabilitation de ce patrimoine unique était achevée.
Une carte postale d’époque montre que la restitution effectuée par les établissements Sineux et frères est très fidèle.

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Cette abondance de messages est bien pratique puisque je n’ai pas besoin de légender les photos, les murs parlent d’eux-mêmes !

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Ma foi, quel lion ! Il nous indique qu’il faut s’adresser au café pour visiter l’intérieur.

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La nef lumineuse a de quoi dérouter avec sa profusion de décorations au couleurs vives et aux nombreux messages pastoraux soigneusement calligraphiés. On peut admirer de jolis poteaux peints.

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Un panneau pour sortir moderne a même été intégré dans la composition.

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Le transept et le sol n’échappent pas à l’exubérance décorative.

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Du haut de sa chaire, l’éthique du prêcheur devait avoir une indéniable prestance.

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Cependant, loin de moi l’idée de choquer, mais je ne peux m’empêcher de penser que le confessionnal a davantage allure de guérite de marionnettiste.

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Nous sommes parfois plus proche d’Hergé que de Michel-Ange,

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mais ce sont bien les messages de l’Evangile qui ornent les murs.

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Il faut rester un sacré bout de temps si on veut lire toutes ces enluminures murales et, croyant ou pas, la visite de cette église est pour le moins déconcertante.

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Plongé dans la lecture de toute ces calligraphies, j’allais oublier: Où peut-on contempler ces faces aux jolies fresques ?
Il faut vous rendre dans le Pays d’Houlme, vingt kilomètres à l’Ouest d’Argentan dans l’Orne.



Pour approfondir, vous pouvez consulter cet article très intéressante hand-cursor

Briqueteries normandes

 

Les grandes cheminées encore debout, par leurs érections, témoignent du passé industriel de nos régions.
Lors d’une errance vers la Normandie, cette imposante tour de briques n’a pas manqué d’attirer ma curiosité. Cet index dressé avait trop un air de « viens voir par ici » pour que j’ignore son signal d’autant que le contexte évoque davantage les activités rurales qu’industrielles. Je n’ai pas regretté le détour puisqu’il m’a permis de découvrir une ancienne carrière de lœss, riche en argile, qui fournissait la matière première pour une briqueterie édifiée sur place.
Quoi de plus banal qu’une brique ? Son usage remonte à l’Antiquité et on sait depuis des lustres que le Grand Méchant Loup s’époumona en vain contre les murs montés par le troisième petit cochon.
Objet anodin donc? Peut être, mais rien n’empêche de s’interroger sur sa fabrication et plus particulièrement sur sa cuisson.
Sur le site que nous allons parcourir, l’activité a débuté en 1911 pour se terminer vers 1950.
Nous commençons la visite avec cette vue aérienne gracieusement proposée par ce blog. Prise à l’aide d’un cerf-volant, elle nous montre l’importance des séchoirs qui pointent vers le four.

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Sur cette vue ancienne on voit parfaitement la proximité de la carrière et de la briqueterie. Les séchoirs sont bien remplis. On remarquera l’empilement alterné des briques permettant la ventilation.

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Les séchoirs sont maintenant reconvertis en remises agricoles.

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Le bâtiment chargé de la cuisson des briques est de taille respectable. Il a été construit sur les bases du principe des fours Hoffmann dits à « feu continu »où la cuisson est effectuée par un foyer de coke qui progresse au long de couloirs.

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Cette construction est constituée de deux longs couloirs voûtés . On y accède de chaque coté par six ouvertures latérales. Celles-ci étaient desservies à l’aide de rails de type Decauville. Bien entendu, pendant la cuisson, ces ouvertures étaient obturées.

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A l’extrémité de la construction, on trouve l’imposante cheminée qui a capté notre attention.

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Le principe de fonctionnement consiste à remplir les couloir de briques placées en quinconce afin que les gaz chauds puissent circuler entre elles. Le foyer, allumé à une extrémité, se déplace dans le couloir.
Le coke est versé par le haut au fur et à mesure de l’avancée du foyer à l’aide de trappes qui percent la voûte. L’empilement des briques à cuire est réalisé de façon à ce que des espaces verticaux soient réservés pour accueillir le coke.

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Au cours de la cuisson, les briques se rétractent ce qui agrandit les interstices entre les briques et favorise le tirage. Des cloisons en papier délimitent des « chambres »permettant de contrôler l’avancement du feu en maîtrisant les courants d’air.

Briquetterie du Nord

Briquetterie du Nord

 

Au ras du sol, des évents récoltaient les fumées dans une conduite souterraine qui rejoint la cheminée. Le tirage par aspiration est assuré par la hauteur de la cheminée grâce à la forte dépression occasionnée par la différence de densité entre l’air chaud (plus léger) et l’atmosphère extérieure.

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Au fur et à mesure de l’avancée du foyer, les portes latérales sont démontées afin de défourner les briques cuites et enfourner celles à cuire.
Voici sommairement la coupe d’un couloir de cuisson.briqueterie-6

 

La température nécessaire à la cuisson est d’environ 1000 degrés. Le temps de cuisson et la température influent sur la couleur finale des briques. Les parois du tunnel portent les traces de « vitrification » dues à la chaleur.

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La cuisson durait en moyenne 12 heures et les deux couloirs étaient approvisionnés et déchargés en alternance au fur et à mesure de l’avance du feu. Ainsi, le cycle était ininterrompu. Subissant la chaleur et dans la pénombre les employés rencontraient des conditions de travail très éprouvantes.
Rien ne se perdait, en effet, les briques défectueuses étaient réduites en poudre utilisée notamment pour la terre battue des terrains de tennis.
Pour construire cet édifice, il a fallu un bon nombre de briques et on peut voir à l’entrée de la propriété les vestiges de l’installation où celles-ci ont été façonnées.

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J’ai eu la chance de visiter ces lieux guidé très gentiment par le fils de la propriétaire. Ce fut un réel plaisir d’écouter ses explications en parcourant ces beaux vestiges du patrimoine industriel du début du siècle dernier. C’est pour ménager sa tranquillité que je n’indique pas l’emplacement.

 

Dans la proche périphérie d’Argentan, une autre cheminée émerge d’une friche bien défendue par un roncier redoutable. Les deux lettres qui décorent le conduit correspondent à Leduc et Aubry, créateurs de l’entreprise en 1913.

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Ici aussi, nous retrouvons le principe du four Hoffmann à feu continu avec son four en tunnel accessible par les ouvertures latérales et les collecteurs de fumées au ras du sol.

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La voûte, en partie effondrée, nous permet d’accéder au collecteur des fumées au niveau inférieur de la cheminée.

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Vu de l’intérieur, on peut découvrir un petit bout de ciel bleu.

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J’ignore l’usage de cette « gamelle »métallique, peut être servait-elle à obturer un des accès d’admission du coke au travers de la voute.

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A proximité du four, on trouve les ruines de bâtiments n’offrant guère d’intérêts esthétiques excepté pour les amateurs de tags. L’état général des lieux n’incite guère à faire preuve d’optimisme quant à sa pérennité.

 

A la fin de mon article sur les cigognes., je vous avais parlé d’un drôle de bâtiment dont la silhouette évoque les chörtens tibétains. Eh bien oui, il s’agit également d’un ancien four à briques.
La production s’est déroulée de 1850 à 1875 au lieu dit Le Porribet. La proximité de la Vire offrait une intéressante possibilité d’écoulement de la production par halage.
Ici la cuisson est verticale. On remarque que la construction possède cinq jambes de force destinées à renforcer la voûte intérieure du four, partie fragile de l’édifice.

Le porribet

 

Les briques sont empilées à l’intérieur du four circulaire en ménageant des petits interstices pour le passage des fumées et de la chaleur. La méthode d’empilage est assez complexe puisqu’en prolongement des gueules d’ alandiersAlandier, il faut ménager des chambres de chauffe pour l’alimentation des foyers. (Charbon de Littry)
Pour cela, des briques sont disposées en encorbellement de façon à former des sortes de couloirs au dessus desquels les briques sont empilées à l’intérieur du four circulaire en ménageant des petits interstices pour le passage des fumées et de la chaleur

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Vue de la porte d’accès et de la gueule de deux alandiers débouchant dans le four. On distingue la barre en fer chargée de soutenir la grille du foyer.

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L’enfournage doit donc être effectué avec beaucoup de soin sachant qu’ il faut prendre en compte de la diminution du volume des briques au cours du séchage.

 

La voûte du four est percée de petites ouvertures qui collectent la fumée (carnaux) vers la cheminée chargée d’augmenter le tirage.

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Un deuxième four, de section carrée cette fois, se trouve à coté. Si le principe reste le même, il n’est pas pourvu de cheminée et la structure en brique est doublée de parements en schistes qui devaient assurer une meilleure isolation thermique.

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Nous allons conclure avec un autre type de four. La Chauffetière est une briqueterie exceptionnelle dont l’implantation remonte à 1760 ! Depuis 1890, elle est exploitée par la famille Fontaine qui perpétue toujours la tradition. Façonnées à la main, les briques encore produites sont utilisées pour la restauration de monuments.

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Le foyer est ici placé sous le four et séparé de celui-ci par une sole Joli casque ! formée d’une succession d’arches formant une plateforme sur laquelle sont empilées les briques crues. Ces arches, situées derrière le foyer, forment deux couloirs de chauffe.
Montées à l’aplomb des arches, les briques ménagent des canaux verticaux qui assurent le tirage de la chaleur et les gaz.

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Le four contient 10 000 briques et nécessite une semaine de travail pour le remplissage. Comme dans tous les types de four , les briques sont légèrement espacées entre-elles afin qu’elles ne se collent entre elles. Une fine couche terre poudreuse isole chaque lit de briques.
Ce type de four n’a pas de cheminée ni de voûte sommitale. C’est le dernier lit de brique qui remplit cet office.Four

La cuisson comprend trois cycles: deux jours à petit feu, trois jours à grand feu. Ensuite, le foyer éteint, la porte de celui-ci est obturée par un tampon d’argile et le four recouvert de terre afin que la cuisson se déroule à l’étouffée jusqu’au refroidissement. (8 jours).

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Nous voici au terme des différents fours de cuisson que j’ai pu observer, les deux premiers étant le fruit du hasard. Si ces observations comportent des erreurs, n’hésitez pas à en faire part, rectifications et précisions seront les bienvenues.

 

Cigognes

 

Nous sommes en Normandie. Si, si, vous ne rêvez pas, le ciel est bleu et ce n’est pas un trucage. (Normands, pardonnez-moi, mais je viens de subir 10 jours de pluie avec des gouttes d’eau d’un litre, faut bien que je me défoule).

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Au milieu du bocage envahi par l’eau se découpent les murailles romantiques du Château de la Rivière. Sa ruine a été bien accélérée par l’armée allemande lors de son repli en 1944, mais c’est une autre histoire et nous allons parler d’autres occupants.

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Nous sommes vraiment en Normandie bien que les points culminants des murailles soient occupés par des nids imposants dignes des paysages alsaciens. En effet, les lieux sont progressivement investis par les cigognes blanches depuis les années 1970.
La magie Baguenaudes sort donc des cigognes de la Manche.

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La cigogne est carnivore et se nourrit de tout ce qui bouge et qui tient dans son bec. Escargots, mulots, poissons etc… Elle peut se servir également de son redoutable bec pour empaler sa proie. Elle trouve en Normandie de nombreuses prairies humides favorables à son alimentation au point que certains individus deviennent sédentaires. Son ramage est particulier puisque la communication s’effectue à l’aide de claquements produits par le long bec. (A-t-il inspiré F.Raynaud et sa célèbre Mademoiselle ?)
Comme son nom l’indique, les plumes la cigogne blanche sont…blanches hormis ses rémiges dont le noir profond renforce la majesté de son vol spectaculaire.

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Comble de l’élégance, certains individus portent des bagues. Grâce à la traçabilité et au travail impressionnant des ornithologues, nous savons que ce mâle est né sur le site de la Colombière situé à 11 kilomètres en 2009 et que depuis 2011 il niche au Château de la Rivière. La longévité est en moyenne une quinzaine d’années.
La cure thermale doit lui plaire, son plumage indiquant qu’il sort du bain.

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Fin janvier, cette cigogne a été observée sur le site alors que les migrations s’effectuent généralement fin février. Faut-il y voir un effet du réchauffement du climat ?

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A vol d’oiseau (expression plus qu’inappropriée quand on songe aux milliers de kilomètres parcourus par les cigognes pour parvenir ici,) sur les rives de la Vire, un vieux bâtiment possède également une cheminée couronnée par un nid occupé par un couple.

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Ce curieux bâtiment n’a pas manqué de titiller ma curiosité et ne manquera pas de provoquer de futures investigations baguenaudesques.

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Le Havre. Eglise Saint Joseph

 

Rasé pendant la dernière guerre, le centre-ville a vu sa reconstruction confiée à l’architecte Auguste Perret. Ce dernier a utilisé au maximum les caractéristiques novatrices du béton. Il en résulte un ensemble homogène basé sur des carrés de 6.24mètres, portée maximal d’une poutre en béton. Perret, avec R. Audigier dessine la nouvelle église qui sera terminée en 1959.
Vu de l’extérieur, l’ensemble me parait quelque peu « massif » malgré son impressionnant clocher qui culmine à 110m.

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Une fois la porte franchie, on est surpris par l’originalité de l’édifice avec son chœur placé au centre de la nef. L’espace est dégagé de toute colonne. Le volume fait que l’on est à l’opposé de l’ambiance souvent oppressante qui peut régner dans ce genre de monument.

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D’habitude, je ne suis pas fan du béton, mais ici, il faut bien admettre que l’ensemble est de toute beauté. Pas de fioriture ni de décoration, l’esthétique émane uniquement de la structure.

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Au-dessus du chœur, le regard est littéralement « aspiré » par la flèche octogonale qui domine l’autel. Je vous laisse juge.

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Cette flèche monumentale serait un cierge érigé pour remercier Dieu du retour de la paix.

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L’agencement des vitraux de Marguerite Hédé, aux couleurs du plus sombre au plus clair, renforce l’effet de verticalité.

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Un impressionnant escalier en colimaçon permet d’accéder au sommet, mais il est hélas inaccessible aux touristes.

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Le style géométrique et anguleux peu courant dans les églises est bien mis en valeur par l’éclairage électrique des piliers ainsi que par la forme verticale des vitraux.

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Le Havre by night, le « cierge » éclairé se découpe devant les nuages venus du large.

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Allez, pour finir cet intermède touristique, une petite vue du port de plaisance avec bien sûr, vue sur l’église.

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Bonne rentrée à vous.