La Grande Guerre dans les creutes

 

Certaines creutes de Picardie, nous l’avons vu, ont été occupées par les troupes pendant la Grande Guerre .
La plupart de ces anciennes carrières sont dorénavant fermées, mais la frustration s’efface rapidement devant le fait qu’il faille protéger ces témoignages de la bêtise crasse des tagueurs mais aussi du vandalisme mercantile des collectionneurs qui n’ont pas hésité à découper certaines sculptures ! Des associations locales font un remarquable travail pour la conservation de ces témoignages et organisent des visites commentées .
Humidité, froid, rats, litières de paille, râles des blessés, peur de l’effondrement quand le bruit de canonnade se rapprochait, tel était le quotidien du soldat. Ces conditions étaient terribles, mais offraient un semblant de confort au retour du front. Songer à l’image du « poilu » nous évoque une silhouette massive de grognard moustachu, la pipe au bec. Il est frappant de constater que les photos et films d’époque nous montrent des faciès d’hommes vieillis au combien prématurément quand on sait que la moyenne d’âge des combattants était de 25 ans.
En parcourant les méandres de ces cavités, l’Histoire nous saute à la gueule. Un silence et une obscurité propices au recueillement habitent les lieux. Notre imaginaire, exacerbé par l’ambiance, se nourrit des gravures laissées par les soldats.
Qu’est il arrivé à ce poilu après qu’il ait gravé son nom dans la craie ? Quelles furent ses motivations ?Volontairement, je ne m’étendrai pas en commentant les quelques exemples qui suivent. Je laisse libre votre imagination pour aller à la rencontre du cauchemar vécu par ces hommes qui se firent voler, au mieux leur jeunesse, au pire, leur vie.

 

 

Ça et là, des réalisations décoratives d’exécutions plus ou moins habiles témoignent d’une volonté d’oublier le présent en ce concentrant sur une activité manuelle.

Le cor, emblème des Chasseurs Alpins.
Plusieurs clous sont plantés sur les parois pour faire office de patères. Il était primordial de mettre le casse-croûte à l’abri des rongeurs.

 

Voici le bien connu PC du colonel Reboul. Située en arrière du front, cette creute a bénéficié d’un aménagement plus conséquent.

 

Les tentatives d’amélioration de l’ordinaire se concrétisent par l’édification de cheminées. Ce confort précaire était bien entendu réservé aux officiers.

 

Affrontant une réalité où l’avenir ne se prêtait pas à l’optimisme, la foi était un recours très prisé.
Des autels aux décors très élaborés ont été édifiés dans diverses creutes afin que les soldats puissent partir au front accompagnés d’une protection divine.

Quelque soient les belligérants, Dieu était à leur coté!



Une synagogue ?

 

J’ignore l’usage de ces niches. Je suppose qu’elles sont des alcôves aménagées pour des bureaux.

On retrouve des installations similaires sur cette photo empruntée au superbe livre: Le graffiti des tranchées proposé par le Soissonnais 14-18 que je remercie pour le prêt.

 

Le temps passe et l’inéluctable lèpre temporelle ronge petit à petit les souvenirs laissés par les hommes.


C’était il y a 100 ans…On conclut avec les mots de la fin de ce graffito: A BAS La GUERRE

Carrière de Picardie Tome 2

 

Une fois l’effet de surprise passé, l’immensité de ces carrières pourraient rendre la visite un peu monotone. Nos lampes n’offrent qu’une vision partielle de l’environnement mais, aux hasards de notre parcours, nos petites bulles de lumière nous permettent de découvrir des traces d’activités qui s’y sont déroulées au cours des différentes occupations.

 

 Au début du 19eme, le hasard fit que l’on découvrit que le milieu souterrain était propice au développement de l’agaric. Tout naturellement, les anciennes carrières souterraines furent ainsi réutilisées comme champignonnières. Les premières exploitations sont implantées dans les catacombes de Paris et de sa périphérie. Ainsi naissait l’appellation de champignon de Paris pour l’agaric.Tout est fort bien expliqué ici.

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Dans notre carrière, des milliers de sacs, succédant à la traditionnelle culture en meules,  recouvrent le sol des galeries. Ce type de culture s’est développé à partir de 1970.

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On peut croiser d’autres vestiges de cette activité:
Un râtelier à fourches.

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Des restes de paniers en bouleau au pied d’un tableau électrique.

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Une broyeuse de calcaire pour le gobetage:

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La même chose mais mobile.
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Quelques piliers ont servi de support dees dessins dûs aux différents occupants qui investirent les lieux au fil du temps. Carriers, soldats, champignonnistes. difficile d’en deviner les auteurs, mais on peut noter l’usage fréquent de la pipe.

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Il est fréquent de trouver d’autres petits tableaux, utilitaires cette fois, creusés dans la pierre. Certains ont conservé quelques inscriptions.

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Dans les parties anciennes, on peut découvrir des encoches où étaient fichées des supports de lampes à huiles comme en témoignent les traces de fumée. Il est difficile d’imaginer la pénombre pour ne pas dire l’obscurité qui devait régner dans ces chantiers.

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Ah bah maintenant, elle va marcher beaucoup moins bien forcément !

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Dans ce secteur, la visite prend une autre dimension. Une autre histoire nous est contée et c’est dans une ambiance moins légère que nous arpentons les lieux.

Ces carrières (ou creutes) ont été utilisées pendant la Grande Guerre par les différentes armées. Voici un impressionnant bas-relief sculpté par un soldat du Feld Artillerie Regiment n° 19.

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Nostalgie de la vallée du Rhin ?

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Un ami fureteur a retrouvé cette fantastique photo de soldats posant au même endroit.

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A partir de cet endroit, une galerie étroite menait à des postes d’observation pour l’artillerie. (Le puits Strelitz.) Le sol porte encore les empreintes d’une petite voie ferrée.

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Un fil de fer, chargé de supporter l’éclairage, court le long de la galerie.

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Un éboulement rend la suite impraticable ! Au premier plan, un piquet de barbelé, dernière sentinelle, nous évoque l’intensité des combats qui se déroulèrent pour la possession de ces cavités. Non sans émotions, nous rebroussons chemin.

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Pas de doute, l’endroit a été fréquenté par des artilleurs !

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Nous verrons dans un prochain article de nombreux exemples de traces laissées par les « Poilus ».

 

Carrière de Picardie

 

Silence ! On tourne! Ce n’est pas du cinéma mais bien la réalité!
Silence car, dans ces carrières, aucun son ne fait vibrer nos tympans. Certes, le monde souterrain est souvent calme, mais il est rare de ne point y percevoir une musique en provenance d’un petit écoulement d’eau. Ici, rien, pas de réverbération ni d’écho malgré la taille des vides. Le bruit des pas est étouffé par l’épaisse couche poudreuse qui recouvre le sol. Et on tourne, on contourne, on retourne, chaque pilier cache un nouvel enchaînement de galeries interminables.
Cette cavité est un vrai labyrinthe où l’on a vite fait de perdre le fil de l’orientation si l’on y prend garde.

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La pierre exploitée est un  calcaire luthérien vieux d’environ 40 millions d’années. Une de ses strates possède la particularité de contenir de nombreuses empreintes de cérithes (Campanile giganteum) dont certaines dépassent les quarante cm. Cette strate étant de piètre qualité, l’extraction des pierres de taille s’arrête à ce niveau ce qui nous laisse un ciel (plafond) décoré d’empreintes de coquillages.

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Voici une chambre d’exploitation caractéristique avec son front de taille latéral en dents de scie.

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L’exploitation de cette pierre à bâtir est très ancienne et a, semble-t-il, connu une forte intensification au cours du XIXème.
Les blocs extraits avaient une taille respectable : (en gros) 1.60m.X 0.80m.X 0.80m et la technique d’extraction employée est semblable à celle utilisée dans les carrières de craie, bien que la taille des blocs extraits demande des méthodes adaptées.
D’après les fameux carriers Grosso et Modo, le défruitage du bloc commençait par une entaille horizontale dans laquelle on insérait des cales. Ensuite , du bas vers le haut, étaient pratiquées les saignées verticales (essimures) et pour finir, une autre saignée horizontale en haut finissait de délimiter le bloc à extraire. A ce moment, celui-ci n’est plus solidaire de la masse que par le fond. Des rouleaux (roules) de diamètres dégressifs sont placés dans l’entaille du bas. Des coins sont enfoncés dans l’entaille supérieure pour forcer le bloc à se détacher de la masse. Il n’y a plus qu’à tirer et, en partie soutenu par une béquille, le bloc bascule sur un lit de remblai fin (cran) destiné à amortir sa chute.

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Jusqu’à la fin du XIXème, les saignées étaient pratiquées au pic et à la barre à mine (aiguille). A cette époque, l’usage de la lance se répandit, permettant des découpes de blocs plus importants. C’est une grande barre à mine pouvant atteindre les 5 mètres de long. Elle est suspendue à un portique à l’aide d’une chaîne qui permet un mouvement oscillant.

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Voici quelques stigmates laissés par différents outils :le pic avec ses traces obliques et légèrement incurvées:

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Lances ou aiguilles, quant à elles, laissent des traces horizontales et globalement parallèles.

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Sur certains blocs laissés sur place, les faces présentent de belles stries laissées vraisemblablement par une scie crocodile ?

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L’usage du pic a perduré jusqu’au XXème suivant les carrières. S’il a été remplacé par la lance, les deux techniques ont pu cohabiter. De toute façon, sans être spécialiste, c’est difficile d’interpréter les fronts de taille car, manifestement ils ont été repris à différentes époques, soit en sur-creusement ou sous-creusement, voir en rognant des piliers .
On peut voir ici que le niveau bas a été exploité au pic alors que le niveau supérieur porte les stries horizontales laissées par les aiguilles (ou lances?). Il est probable que les encoches (flèches rouges) étaient destinées à recevoir le montant horizontal du portique supportant la barre à mine. On notera également les traces de lampes à acétylène au plafond. Celles-ci indiquent une reprise d’exploitation à partir du début du XXème.

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Sur cette galerie , on peut voir que l’exploitation au-dessus du trait vert a été reprise à la lance en surcreusement. (Stigmates réguliers et parallèles.) Sur le ciel, on peut également constater 2 modes d’extraction. A gauche, les blocs ont été forcés au coin, tandis qu’à droite, le ciel porte les traces de découpe à la lance.

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Ces blocs de faible épaisseur laissés de côté nous interloquent. Ils présentent une face inégale manifestement due à l’extraction du ciel de la carrière à l’aide de coins. La manutention de la lance nécessitant un certain dégagement, il est possible que ces blocs pourraient donc avoir été « sacrifiés »afin d’obtenir une belle taille à la lance pour les blocs extraits en dessous. Ce n’est que supposition très hasardeuse de ma part.

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Bref, plutôt que de raconter billevesée et coquecigrues, contentons nous de visiter ces lieux on ne peut plus dépaysants.
Après la fin de l’exploitation, les champignonnistes ont occupé l’espace et débarrassèrent les travées des rebuts de taille. Les piliers tournés forment les colonnes d’un temple insolite digne de Dédale. Il est amusant de constater que de nombreuses pierres extraites ont servi à l’édification de monuments prestigieux et que les vides occasionnés ont fini par engendrer des volumes tout autant spectaculaires et majestueux !

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Le plafond porte les traces des contours des blocs.

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Ça et là, des blocs attendent, attendent, attendent…

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C’est bien beau tout ça, mais on a passé l’age de jouer au Minotaure ! C’est où la sortie, par ici ?

carrière souterraine (31)Ou par là ?

carrière souterraine (33)Silence ! On tourne!

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A suivre…

La Pyrale du buis

 

Il est ni beau ni moche ce petit papillon qui nous vient d’Asie. Apparu en France en 2008, il a maintenant fini la conquête du territoire, transformant la France en zone occupée.
Ses antennes effilées et le port de ses ailes parallèles au sol nous indique que l’on a affaire à un papillon dit « de nuit », mais ce n’est pas pour cette raison que l’on va s’intéresser à lui.

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On peut aussi croiser une variété brune moins commune, mais tout autant banale.

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Il a l’air bien inoffensif ce petit lépidoptère quoique…Avec ses antennes redressées, je lui trouve un petit air diabolique qui n‘est hélas pas usurpé.

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Ces papillons se déplacent en nuées impressionnantes. Dès que l’on s’approche des buissons, c’est une envolée semblable à une bourrasque de flocons de neige.

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Ce pourrait être charmant mais cette multitude pose un énorme problème écologique car chaque femelle pond de 200 à 300 œufs qui se transforment en chenilles d’une grande voracité. Les buis sont les victimes désignées. En peu de temps, ils prennent un aspect grillé puis ils sont dévorés. Au bout d’un mois et demi, les papillons éclosent et le cycle recommence.
Aucun buis n’est épargné ! Le spectacle est désolant avec son allure digne d’une publicité Monsanto ou Bayer

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Les buis peuvent survivre à plusieurs attaques mais s’affaibliront de plus en plus et sont amenés à disparaître rapidement de nos paysages. Il existe bien différents traitement plus ou moins chimiques qui permettront surement de sauvegarder l’art topiaire de nos jardins à la française mais que va-t-il advenir de nos buissons sauvages si utiles à fixer les terrains pentus?
Venant d’ailleurs, les pyrales n’ont pas de prédateurs chez nous. Nos oiseaux peu habitués à croiser ces bestioles s’en méfient à part peut être les mésanges. Extrêmement rares sont les ailes entamées par des coups de bec.
Les imagos se goinfrent sur toutes les fleurs maintenant que les buis sont dévorés et j’ai l’impression que leur nombre fait fuir les hôtes habituels de mes buddleias et autres.

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Cette pyrale infernale sera bien difficile à endiguer et de quoi se nourrira-t-elle quand les buis auront disparu ? Des vignes sont déjà contaminées en Saône et Loire.
Là, ça ne rigole plus du tout !

Tour aéroréfrigérante

 

Direction le plateau où se situait le complexe sidérurgique de la Société Métallurgique de Normandie à Mondeville en espérant trouver quelques traces de cette activité.
Le site était impressionnant.


Une fois sur place, le tour d’horizon est rapide puisqu’il ne reste plus rien! Tout a été démantelé et en partie vendu aux Chinois.

 

Tout, j’exagère, il reste, incongrue dans le paysage, une imposante tour de refroidissement. Elle a été conservée en souvenir de l’activité nous dit-on. Le coût de destruction ne doit pas être étranger à cette sauvegarde.(Dixit mauvaise langue).

 

Ce type de tour, a pour fonction de refroidir l’eau qui alimente les circuits de refroidissement des aciers issus des laminoirs. Les besoins en eau sont trop importants pour être puisés dans un cours d’eau et le rejet d’eau chaude dans celui-ci aurait des conséquences néfastes sur le système écologique. C’est pourquoi on utilise un circuit fermé.
Ces tours font partie également du paysage des centrales électriques. Pour faire très court, dans une centrale atomique le cycle comprend trois circuits d’eau indépendants. Le premier est chauffé par la fission de l’uranium. Cette eau sous pression chauffe le deuxième circuit d’eau qui se transforme en vapeur. Cette vapeur fait tourner une turbine qui à son tour fait tourner un alternateur qui produit de l’électricité. Le troisième circuit d’eau est chargé de condenser la vapeur afin d’assurer la continuité du cycle. Pour refroidir l’eau de ce circuit, on utilise une tour réfrigérante .

C’est mieux expliqué hand-cursor
Revenons donc à notre tour et à son fonctionnement.Le principe est de faire tomber l’eau chaude en fines gouttelettes pour favoriser l’échange thermique. La base de l’édifice est ajourée pour permettre à l’air froid d’être aspiré vers le haut et capturer les calories de l’eau. Le gros panache blanc qui s’en échappe est de la vapeur d’eau complètement inoffensive.

 

Assez de théorie, passons à la pratique.
Dès que l’on, pénètre sous l’édifice, l’environnement est désarçonnant avec ses trois rangées de piliers formant un péristyle circulaire. Je sens rapidement que je vais pouvoir me rattraper de ma frustration photographique éprouvée jusqu’à maintenant.

 

En ce faufilant entre ces poteaux peints, on parvient au centre, dans l’espace dégagé où s’élève l’énorme conduite dans laquelle circule l’eau chaude vers le sommet de la structure. Comme bien souvent hélas, l’endroit n’est pas épargné par les amateurs de Beaux-Arts bien rodés aux bombes aérosols.


Par contre, la vue en contre plongée dégage une ambiance assez surréaliste avec cette plate forme suspendue en étoile.

 

Avec un peu de chance, j’ai pu accéder à cette plate forme et là, je dois dire que le coup d’œil est pour le moins dépaysant.

 

Au centre on trouve l’orifice Infundibuliforme de la pipe de distribution d’eau chaude. Nous allons voir que le volume du débit doit être savamment calculé afin que l’écoulement soit réparti de façon optimum.

 

De cette bouche lippu, des chenaux rayonnant, en pente négative, distribuent une goulotte circulaire.

 

De part et d’autre de cette goulotte, repartent des gouttières en légère pente descendante également.


Dans ces gouttières, régulièrement espacés , des tubes dirigent le flux à la verticale de petites coupelles qui brisent le jet.

 

En dessous, les gouttes d’eau continuent d’être divisées et ralenties dans leur chute par de nombreuses clayettes jusqu’en bas de la structure.



 

En bas, le sol concave forme un bassin de réception peu profond. L’eau désormais refroidie est pompée pour recommencer le cycle.

 

Cet espace dégage une impression déconcertante et peu banale , mais chut ! Il me semble que d’autres visiteurs arrivent.


Bon, il est temps de quitter les lieux avant que ce refroidisseur ne m’échauufe le ciboulot !

 

Quel est l’avenir de ce vestige de la grande époque sidérurgique de la Normandie ? Et bien, au dernières nouvelles, c’est à l’étude…
Notons quand même ce projet ambitieux hand-cursor

Mine de May sur Orne

 

C’est un peu tombé dans l’oubli, mais la Normandie a été dans le passé une des principales régions sidérurgique française. Exploitée dès le XVIIe ,la production de minerai de fer a atteint son apogée en 1960. Ensuite le déclin s’amorce inexorablement. En 1993 la dernière coulée sortira des hauts fourneaux de la SMN situés à la périphérie de Caen.
Ma boîte à souvenir en bandoulière, je pars à la recherche de quelques vestiges susceptibles de diminuer ma nescience concernant ces activités disparues.
A May sur Orne, la ville est implantée au-dessus d’ une importante mine de fer qui fonctionna de 1896 jusqu’à 1968. L’exploitation « moderne » débuta sous la houlette de capitaux allemands avant la Grande Guerre. Durant le conflit, De Wendel et Schneider se livrèrent une lutte acharnée pour reprendre les concessions.
Historique détaillé hand-cursor

 

Que reste-t-il de cette épopée minière ? Pas grand-chose à photographier. Sur la rive droite de l’Orne, débouche le cavage d’une galerie d’exhaure. Les galeries ont servi de 1970 à 1983 pour stocker des hydrocarbures. La grille obturant l’entrée m’ôte tout espoir de visite souterraine et des effluves de fuel sont encore nettement perceptibles. Cette porte donne l’accès aux travaux souterrains afin de contrôler l’évolution des terrains situés en dessous de la ville.

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Si l’extraction se faisait rive droite de l’Orne, l’expédition par voies ferrées se déroulait rive gauche. Deux convoyeurs aériens sont achevés en 1933 pour véhiculer le minerai des puits d’extractions jusqu’aux terminaux de chargement. Les silhouettes décharnées des concasseurs-accumulateurs qui surplombaient les voies ferrées sont encore debout

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Après leurs démantèlements, je dois avouer que ça vieillit bien mal et qu’il faut beaucoup de volonté pour y trouver un intérêt esthétique. Accordons quand même à l’escalier hélicoïdale une certaine élégance.

 

Sur un des deux terminaux, on peut encore accéder sans trop de risques au premier étage et profiter de la vue.

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Continuer plus haut entrainerait une prise de risque inutile.
A l’étage supérieur, au travers des poutrelles métalliques, on peut entrevoir les restes d’un moteur.

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Retour sur le plancher des vaches où , les trémies ont des allures de distributeur de bonbons PEZ.img_1037may

D’autres vieilles dames résistent tant bien que mal aux outrages du temps et souffrent d’un blocage de l’articulation mandibulaire définitif. Leurs dentiers usés laisse entrevoir des blocs de minerai.

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Le poste d’aiguillage n’offre pas d’intérêt autre que de servir de défouloir aux amateur de tags. Je déclenche malgré tout mon appareil photo afin de conserver quelques « taguérotypes » en souvenir du temps passé.

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En 1956, d’importants aménagements ont lieu. Fonçage du puits central à May sur Orne. Le minerai est acheminé par convoyeur à bandes, concassé puis stocké dans d’importants silos édifiés rive droite. Le minerai franchissait ensuite l’Orne au dessus du pont minier jusqu’aux quais de chargement.

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On peut deviner sur les bords de la passerelle les emplacements vides où se logeaient les poteaux soutenant le convoyeur.

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Le silo-concasseur Nord a été recyclé et une rampe munie d’un convoyeur à bandes a été construite pour amener la pierre d’une carrière de grès voisine.

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Pour la petite histoire, derrière le silo, une piste bétonnée et pentue m’a interloqué ne voyant pas quel pouvait être son usage par rapport à la mine. Renseignements pris, cela n’a rien à voir, cette piste servait pour effectuer des tests de pente pour la SAVIEM.

Bref, il ne reste vraiment pas grand-chose et on ne peut pas dire que la patine du temps arrange ni embellisse ces vestiges . Certes, on peut trouver que ces ruines font tache dans le paysage et que leur ancienneté n’est pas assez grande pour mériter le label « patrimoine ». Cependant,ils sont les derniers symboles de l’épopée minière qui a fortement impacté la région. Je crains que la dégradation inéluctable entraîne une « mise en sécurité » qui se bornera à tout raser.
Je remballe mon appareil à clics et mes claques pour prendre la direction du plateau où se situait le complexe sidérurgique de la Société Métallurgique de Normandie à Mondeville en espérant trouver quelques traces.
A bientôt…

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Lathrée clandestine

 

Avec l’arrivée du printemps, l’humeur mélanbucolique s’exacerbe, aussi les envies de baguenauder reprennent de plus belle afin de profiter du spectacle multicolore offert par les paysages champêtres.
C’est le moment de rencontrer sur les berges des ruisseaux de spectaculaires explosions de bouquets violacés. Suivant les régions, ces manifestations florales ne sont pas rares, mais il faut parfois chausser les bottes afin de les observer car ces belles affectionnent les recoins humides où elles s’épanouissent aux pieds des arbres qui surplombent les ruisseaux.

 

Outre sa floraison peu banale, cette plante se distingue par le fait qu’elle ne possède pas de feuilles.

En effet, nulle manifestation de verdure chlorophyllienne susceptible d’assurer la photosynthèse. Comment la Lathrée clandestine, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, obtient-elle l’énergie nécessaire à sa survie ?

 

La floraison n’est que la partie émergée de l’iceberg ! Cette plante possède un réseau de rhizomes très développé pouvant peser plusieurs kilos. Ces tiges souterraines blanchâtres sont munies de suçoirs qui pompent directement la sève dans les racines des arbres. Ces pompes aspirantes assurent ainsi une transfusion énergétique. Notre belle fleur violette est donc une plante holoarasite. Parasite certes , mais nullement nuisible envers son hôte nourricier.
Son mode d’existence rend toute tentative de transplantation vouée à l’échec aussi ne privons pas le promeneur suivant de l’attrait de la lathrée.


Si on écarte délicatement les feuilles qui jonchent le sol, on découvre de petits bouquets blanchâtres très fragiles.



Ces « bouquets » sont formés d’écailles entre lesquelles le calice de la fleur se développe.

 

La pollinisation est assurée par les butineurs et le vent. La lathrée produit des fruits qui contiennent quatre à cinq fruits. Expulsées mécaniquement (autochorie), les graines tomberont dans l’eau . Les plus chanceuses échoueront plus loin sur un lieu humide à proximité d’un arbre, elles pourront germer, prendre littéralement racine et s’y nourrir. La lathrée va développer tranquillement son rhizome sweet home, mais il faudra attendre dix ans avant que les fleurs éclosent.

 

Quand la fleur a assuré la production de ces graines, elle disparaît complètement de la surface et mérite ainsi sa dénomination de clandestine.
Il est donc bien naturel que l’on ait choisi cette jolie orobanche pour symboliser les amours cachées !

 

Eolienne Bollée

 

On peut encore avoir la chance de croiser (en cherchant bien) de curieuses constructions métalliques qui peuvent rapidement provoquer quelques interrogations quant à la manière dont fonctionne le machin.
Qu’a t’on à gagner en haut de ce poteau aux allures de mats de cocagne ? Du vent… mais un vent qui fut précieux.

 

Dès le XII é siècle le vent a été mis à contribution pour mouvoir des mécanismes chargés de moudre du grain ou pomper de l’eau .
Alors que le développement de l’agriculture demande toujours davantage d’irrigation, ces mécanismes sont hélas d’un faible rendement. On ne peut agrandir indéfiniment la taille de ces turbines sans qu’elles deviennent vulnérables aux coups de vent.
C’est là qu’interviennent Ernest-Sylvain et Auguste Bollée (1814-1891). Issus d’une famille d’inventeurs, ils créent un type de turbine qui n’est pas dénué d’élégance et qui s’oriente tout seul pour un rendement optimum. Ce dernier est amélioré par une combinaison d’un stator et d’un rotor. De plus, un ingénieux dispositif met la turbine en sécurité quand Eole fait des siennes.
En 1885, Bollée baptise son système : Eolienne qui devient par le fait le nom commun validé par Larousse en 1907.
Quatre modèles sont crées :

Source wikipédia.

 

Environ 500 exemplaires furent installés. Un siècle plus tard, il en reste une petite centaine en place dont une dizaine sont classées.
Certaines sont érigées au sommet d’ un pylône, d’autres, au faîte d’un joli mât haubanné.

….p404_1_05 .. Bollée

 

En préambule, j’ai évoqué quelques interrogations concernant plus précisément le principe, voici les réponses que j’ai trouvées:
Gros plan sur un stator de modèle 3 :
Les 44 déflecteurs fixes sont chargées de diriger le vent vers les pales du rotor.


Sur l’autre face, nous avons le rotor avec ses 32 pales rotatives.


Un engrenage conique transmet le mouvement rotatif à l’arbre vertical.

 

Jusque là rien de bien compliqué, mais Bollée a mis au point un ingénieux système qui oriente systématiquement la turbine dans une position optimum. (Perpendiculaire au vent). Il n’y pas de mal à doper la turbine !
Le principe repose sur la rotation d’une petite hélice (moulinet gouverneur) située en amont du stator. Sa position est basse afin que la turbine ne masque pas la prise au vent.

 

Comment ça marche ? C’est très simple (enfin presque !). Je vous explique ça en coups de vent
Conditions initiales :

1) Le moulinet gouverneur est installé sur une structure pouvant pivoter de 90° autour d ’un axe vertical au bout d’une charpente solidaire de l’ensemble moteur stator-rotor. Il est maintenu dans une position perpendiculaire au stator-rotor par un contrepoids (ou un ressort calibré dans les premiers modèles). (Nous verrons plus loin comment).


A – VENT INFERIEUR A 6 OU 7 M/S :
1) le vent est face au rotor : il le fait tourner, le rotor actionne les pompes, le moulinet est en drapeau, les pales restent immobiles;
2) Si taquin, le vent change de direction: Le moulinet n’est plus en drapeau et ses pales se mettent à tourner. Le système d’engrenage fait pivoter le stator-rotor sur son axe vertical. Quand le moulinet se trouve parallèle au vent (en drapeau), la rotation de l’ensemble s’arrête. Le stator-rotor (maintenu perpendiculairement au moulinet ) se retrouve face au vent de manière optimum et le rotor tourne.

 

B – VENT SUPERIEUR A 7 M/S (vitesse dangereuse car risque d’emballement) :
La force exercée par le vent devient supérieure à celle exercée par le contrepoids. Le moulinet n’est plus maintenu dans une position orthogonale par rapport au stator-rotor.
1) La force du vent bascule toute la structure portant le moulinet. Celui-ci, qui était en drapeau par rapport au vent, a tendance sous l’action du vent à pivoter et présenter ses pales au vent.
Les pales se mettent à tourner et le moulinet fait pivoter le stator-rotor. Toujours repoussé par le vent, le moulinet continue de pivoter sur son axe jusqu’à se retrouver en drapeau dans une position parallèle au stator-rotor. Moulinet et stator-rotor se retrouvent en drapeau et cessent de tourner. La structure porteuse du moulinet, ayant atteint la position maximale de bascule (90°), y est définitivement maintenue par un loquet et ne peut donc revenir à sa position normale, les pales du gouverneur restent en drapeau.


Notons que Bollée a pensé à tout :
Tant que la structure du moulinet n’a pas atteint sa position maximale, si le vent faiblit, le contrepoids redevient opérant, replaçant la structure du moulinet perpendiculaire au stator-rotor. On se retrouve dans le cas de figure A
Si le vent fripon change de direction.
L’ensemble stator-rotor est décalé angulairement par rapport au vent : les pales du moulinet tournent de plus en plus vite et amènent le stator-rotor retors en position perpendiculaire au vent. Cette position d’emballement ne dure pas car aussitôt sa structure est repoussée par la force du vent et on se retrouve dans le cas B-1.

Les animations sont très fortement inspirées de ce document :
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L’ingéniosité d’un tel système mérite que l’on s’y attarde.
1/ Quand le vent est normal, le contrepoids bleu, en tirant sur le câble bleu, maintient la structure rose de façon que le moulinet soit perpendiculaire au stator-rotor.
Quand le vent augmente au delà d’une certaine limite, la force exercée par Eole sur le moulinet est plus grande que celle exercée par le contrepoids bleu. La structure rose pivote vers la droite.
A ce moment, deux cas de figure:
a/ Si le vent faiblit, le contrepoids bleu ramène la structure rose en place. (1/).
b/ Le vent forcit. La structure rose continue de pivoter jusqu’à se retrouver en butée sur le bâti fixe. Un arrêtoir monté sur un ressort bloque la structure dans cette position de sécurité. Pour rendre le système opérationnel, il faut alors tirer sur la chaine ( flèche mauve ) ce qui a pour effet d’effacer l’arrêtoir. Ainsi le contrepoids bleu peut ramener la structure en position opérationnelle.

Voici une photo du dispositif aimablement fournie par l’ASEPA:

 

Je fais le malin, mais toutes ces explications sont dues à mon ami JP. que je remercie vivement pour ses connaissances et sa patience. Je vous encourage à lire son excellent article sur l’éolienne de Pomponne. hand-cursor

La similitude des procédés démontre bien la production industrielle.

 

A cette époque, l’utile pouvait se parer de délicatesse. Le mat verticale abrite l’arbre qui transmet le mouvement rotatif.
Autour de ce mat un élégant escalier s’enroule pour desservir une petite plate forme protégée par une rambarde au profil gracieux.

On apprécira l’esthétique art déco des lettres matérialisant les points cardinaux ainsi que la découpe de la girouette.

 

Ces éoliennes ont été conçues pour actionner des chaînes à godet ou des pompes. Dans la pratique, il semblerait que seules les pompes ont été mises en pratique.
Veuillez bien pardonner la qualité des photos suivantes prises au travers d’un plexiglas plus franchement transparent.
Au pied de l’éolienne, l’arbre vertical, à l’aide d’engrenages coniques, met en mouvement le vilebrequin des pompes. Un grand volant d’inertie est chargé de réguler le mouvement


La présence de la poulie en bois à droite me fait supposer qu’ un moteur (gaz, pétrole ?) devait prendre le relais en cas de pénurie de vent.

 

Le progrès est passé, stator et rotor ont remplacé courant d’air par courant tout court et la fée électrique a fait disparaître les éoliennes Bollée de nos paysages ruraux. Plus tard Sheila chantera : Eole est fini, éole est fini etc.

Les deux éoliennes qui ont servi de support à cet article se trouvent à Courville-sur-Eure et Berchères-les-Pierres en Eure et Loire.
La liste complète: hand-cursor
Un article complet (qui omet quand même la description du système d’orientation) hand-cursor
Ci-dessous, plaque apposée sur le prototype élevé dans la propriété Bollée en 1872.

Plaque de Berchères les pierres 1896

Fours à chaux normands (2)

 

Début de l’article consacré aux four à chaux hand-cursor

 

Nous suivons les traces des chaufourniers sur l’autre rive de la Vire où se trouvent deux autres sites conçus avec le même principe. Une mise en valeur est en cours de réalisation.
Commençons par les fours du Bahais adossés au coteau.

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Là aussi, seules les chauves souris ont accès aux structures internes. Par contre, on peut accéder à la partie supérieure de l’édifice avec vue sur les gueulards.

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Au nadir des orifices, (E pericoloso sporgersi) on devine également un cône, mais ici, pas moyen de pénétrer au pied du four pour observer la disposition des lieux.

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La visite continue en empruntant un chemin parallèle à la Vire. Il nous conduit aux imposantes murailles des fours du Hamel Bazire.

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Les embrasures spectaculaires débouchent dorénavant sur une esplanade dont l’ambiance champêtre est sûrement bien éloignée de l’agitation besogneuse qui devait régner au cours de l’exploitation. Plus aucune trace des concasseurs broyeurs etc, seul un tronçon de rails Decauville subsiste dans les broussailles.

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La base des édifices est desservie par des corridors de toute beauté. Il est à souhaiter que la rénovation des lieux laisse la possibilité de les parcourir.

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A la base de ce four, on compte huit ouvreaux de petite taille au ras du sol. Là aussi, je m’interroge quant à l’ergonomie du système. La taille des ouvertures doit avoir une influence concernant le contrôle de la calcination.

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On remarque que la base des piliers comportant les ouvreaux est en pierre contrairement à la partie supérieure en briques.

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Faisons un grand saut vers l’Ouest afin de continuer nos visites par les augustes fours à chaux du Rey proches du petit port de Regnèville. Leurs tailles donnent bien une idée de l’importance de l’usage de la chaux à l’époque.
Édifies en 1852 par Victor Bunel, les quatre fours fournissaient plus de 20000 tonnes de chaux annuellement. La proximité du port offrait de grandes facilités d’exportation, mais aussi d’importation. En effet, la calcination en continu était grande consommatrice de charbon, ce dernier arrivait en provenance du Pays de Galles.
Le site est impressionnant avec ses allures de château fort.

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Si le principe de cuisson est semblable aux fours précédents, on note des différences notables. Les embrasures sont spacieuses, pas assez cependant pour permettre le passage d’un tombereau attelé.

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La position surélevée des ouvreaux permet une extraction plus aisée. En dessous, se trouve le cendrier qui collecte la chaux poudreuse mêlée de cendre de charbon (menue chaux).

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L’autre grande différence provient de la présence de foyers secondaires placés à mi-hauteur. Ils permettent de relancer éventuellement la combustion et de contrôler le tirage.(Procédé Simonneau.)

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On accède à ces foyers intermédiaires par les coursives qui parcourent les murailles.

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On imagine sans mal le terrain de jeux pour gamins que présentait ce site en friche avant que le Conseil Général en fasse l’acquisition en 1987.

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Maintenant, il est propre comme un sou neuf et son entrée payante donne également accès à un musée maritime.

 

Faisons un autre petit saut géographique et temporel. Proche de Caen au milieu d’une friche, on peut encore trouver les ruines de fours à chaux plus récents. Le démantèlement du site ainsi que les Michel-Ange locaux font que les lieux sont en piteux état.
Si on ne peut trouver d’intérêt plastique à ces vestiges, on peut tenter d’y découvrir des éléments susceptibles d’éclairer notre lanterne sur le fonctionnement des fours à chaux. Hélas, bien que l’arrêt de l’exploitation doit remonter aux années 1950, je n’ai pratiquement pas trouvé de documents concernant cette exploitation malgré son importance.

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Ces fours fonctionnaient en parallèle à l’exploitation d’une importante carrière souterraine de pierres à bâtir. On peut supposer que les déchets de taille servait de matière première à la fabrique de la chaux.

A proximité des fours, un puits d’extraction profond d’une quinzaine de mètres débouche au fond dans la carrière souterraine.

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Voici tout ce qui reste du système qui véhiculait la pierre à cuire de la carrière aux gueulards situés au-dessus de notre tête.

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En se frayant un chemin dans les gravas, on peut pénétrer au pied de deux grands fours. La vue en contre-plongée de ces « puits » offre un spectacle toujours spectaculaire.

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La partie dégradée de la paroi du four permet de constater que les briques réfractaires qui tapissent les parois du four reposent à la base sur une cornière métallique circulaire.

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Au-dessus des ouvreaux de taille respectable, des équerres métalliques sont fixées laissant supposer un usage en rapport avec la sole.

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Face à ces deux fours, l’autre partie des bâtiments enferme deux autres fours de taille plus modeste.

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Les gueulards obturés font que les parois, recouvertes d’une épaisse pellicule, ont conservé une belle couleur éburnéenne.
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Pourquoi deux tailles différentes de four sur ce site ? Aucune idée et une fois de plus, nous quitterons les lieux quelque peu frustrés de ne pas en connaître les tenants et aboutissants.

En Normandie, les vestiges de fours à chaux sont relativement nombreux. La proximité de la Bretagne, dont le sol acide nécessitait d’être amendé, ainsi que le centre sidérurgique de Caen plus récemment, ont offert des débouchés pour cette industrie.

Si le principe de cuisson est à peu près partout le même, chaque four possède ses caractéristiques qu’il est bien difficile d’expliquer après coup. Peut être qu’un spécialiste comblera nos lacunes.

 

J’aurai bien aimé conclure sur une note joyeuse, mais coïncidence malheureuse, je viens d’être témoin en direct dans l’Aveyron de la mise à mort d’un four sacrifié sur l’autel de l’amélioration du réseau routier.

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Le four a chu
Il appert que beaucoup me chaut !

 

Fours à chaux normands

Chaux devant !
Ce que j’apprécie particulièrement à la vue de ces vestiges industriels, c’est l’architecture uniquement fonctionnelle. Ici, pas de fioriture ni de superflu. Le ciment et ses constructions industrielles normalisées n’ayant pas encore fait leur apparition, les ruines de pierres ou briques conservent ainsi une belle allure qui s’intègre harmonieusement dans le paysage grâce à l’utilisation de matériaux locaux.
Sur les rives de la Vire, plusieurs fours dressent encore leurs imposantes structures. Utilisée dès l’antiquité pour amender les champs et la maçonnerie, la chaux était un élément important dans l’activité rurale. L’avènement de la sidérurgie a augmenté considérablement les besoins, la chaux faisant partie du cycle de l’élaboration de l’acier.
Le principe de fabrication est simple puisqu’il suffit de porter du calcaire à une température de 900° minimum pour obtenir de la chaux vive.
Le passage à l’acte est un peu plus complexe et le fonctionnement des fours demandent un grand savoir-faire de la part des chaufourniers.
Je dois avouer que la visite des lieux m’a apporté autant de questions que de réponses concernant les subtilités de ce métier.
En général, les différents types de four de calcination se présentent sous la forme d’un puits de forme ovoïde qui s’alimente par le haut et se vide par le bas. Ensuite, cela se complique.
La calcination du calcaire s’effectue dans deux types de four dits à combustion intermittente ou à combustion permanente.

 

Les fours de Cavigny font partie d’un complexe industriel datant de la moitié du 19e. Ils ont été construits sur les plans d’Alfred Mosselman, industriel franco-belge, qui a beaucoup œuvré en Normandie. L’activité a perduré jusqu’en 1930. L’apparition des engrais chimiques et l’usage du ciment entraînèrent la fin de l’activité.
De chaque côté de la Vire, trois sites sont classés.
Commençons la visite par le site privé de La Meauffe.
A proximité des fours, la carrière de calcaire est devenue un charmant petit lac où la brise normande donne la chair de poule à la surface.

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Une vue aérienne datant de 1947 donne une bonne idée du site.

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Sur le plancher des vaches, si les bâtiments annexes ont disparu, on retrouve les deux constructions qui abritent les fours .

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Le premier, comme bien souvent, est adossé à un talus pour faciliter l’accès aux fours qui s’alimentent par le haut. (Gueulard)
Un rapide coup d’œil permet de constater qu’il ait subi des transformations au fil du temps.

La meauffe

 

Déjà la première question sans réponse : Quel pouvait être l’usage de ces trappes en façade ? Contrôle du tirage ? Je ne sais.

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Etant donné que l’accès intérieur du bâtiment est réservé aux chiroptères, rabattons-nous vers l’autre bâtiment.

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Pour cebâtiment, pas de talus, l’accès aux gueulards s’effectuait à l’aide d’une rampe inclinée aménagée d’une petite voie ferrée.

rampe
Une petite dérivation des eaux de la Vire a permis l’implantation d’une roue à aubes chargée de mouvoir un treuil afin de tracter les wagonnets.

roue a aubes

 

La bâtisse est longée d’un petit chenal qui conflue avec la Vire. Un quai permettait de verser la chaux dans des gabares. Les vestiges encore en place ne me permettent pas d’en appréhender le fonctionnement.

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L’intérieur des bâtiments en briques se présente sous la forme de deux couloirs principaux coupés de traverses orthogonales où la lumière a du mal à se faufiler.

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Au-dessus de nos têtes, les croisées des voûtes ne manquent pas d’élégance évoquant une sorte de mandala au camaïeu d’ocres.

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La taille des piliers peut surprendre, mais l’interrogation est vite levée quand on comprend qu’ils renferment la base des fours comme l’indique cette embrasure murée.

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Par ces embrasures, on accède aux huis qui desservent le bas du four. (Ouvreaux). Une porte entrebâillée, après une reptation pénible, me donne accès à l’intérieur du four.

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La vue dans cet espace confiné est assez impressionnante.

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Détaillons les lieux :
1/ Au pied, l’aplomb est occupé par un cône en pierre. Je suppose que ce dernier est chargé de guider les pierres concassées vers les ouvreaux. Les barres métalliques coudées devaient servir d’appui à des barres de fer horizontales et amovibles formant une sorte de grille soutenant les blocs de pierre.
Il faut remarquer que la pression verticale exercée sur la grille est atténuée par la forme ovoïde des parois.

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2/ Manifestement les ouvreaux servent à démarrer le foyer ainsi qu’au défournement.
3/ Le revêtement en briques réfractaires commence à 1.50 m. du sol ce qui correspond à la hauteur du cône.
Toutes ces observations me font pencher pour un four à cuisson permanente ce qui est compatible avec la volonté de production industrielle du site.

Les fours se présentent donc à peu près de cette façon (proportions inexactes) :

Four à chaux (1)

 

Concernant la suite, l’avis d’un spécialiste sera le bienvenu.
Avec beaucoup de précautions, je propose cette méthode. Par les ouvreaux, on allume un gros foyer sur lequel on déverse du charbon et une couche de calcaire retenus par les barres métalliques qui font office de sole.

Au fur et à mesure du remplissage, le foyer se déplace verticalement vers le haut Par gravitation, le calcaire calciné descend vers la base du four en se refroidissant. Au travers des ouvreaux, le chaufournier extrait les pierres à l’aide d’un crochet (havets ou ringards) en déplaçant les barres amovibles. Il est étonnant de constater que la taille réduite et la position au ras du sol des ouvreaux ne devaient pas rendre la chose facile. Cela ne semble pas très fonctionnel pour une production industrielle, mais il y a certainement une explication.
Le volume du sous-tirage de la chaux est compensé par l’apport de calcaire et charbon dans le gueulard. Le cycle est ainsi ininterrompu.

Toujours au niveau des interrogations, je suppose que la granularité du concassage du calcaire doit avoir une grande importance afin de permettre le tirage du foyer. Au pied du four, les portes des ouvreaux peuvent permettre de réguler celui-ci ?

Plutôt que risquer de s’étendre en billevesées, nous continuerons la visite des autres fours dans un prochain article. hand-cursor