Fours à chaux normands

Chaux devant !
Ce que j’apprécie particulièrement à la vue de ces vestiges industriels, c’est l’architecture uniquement fonctionnelle. Ici, pas de fioriture ni de superflu. Le ciment et ses constructions industrielles normalisées n’ayant pas encore fait leur apparition, les ruines de pierres ou briques conservent ainsi une belle allure qui s’intègre harmonieusement dans le paysage grâce à l’utilisation de matériaux locaux.
Sur les rives de la Vire, plusieurs fours dressent encore leurs imposantes structures. Utilisée dès l’antiquité pour amender les champs et la maçonnerie, la chaux était un élément important dans l’activité rurale. L’avènement de la sidérurgie a augmenté considérablement les besoins, la chaux faisant partie du cycle de l’élaboration de l’acier.
Le principe de fabrication est simple puisqu’il suffit de porter du calcaire à une température de 900° minimum pour obtenir de la chaux vive.
Le passage à l’acte est un peu plus complexe et le fonctionnement des fours demandent un grand savoir-faire de la part des chaufourniers.
Je dois avouer que la visite des lieux m’a apporté autant de questions que de réponses concernant les subtilités de ce métier.
En général, les différents types de four de calcination se présentent sous la forme d’un puits de forme ovoïde qui s’alimente par le haut et se vide par le bas. Ensuite, cela se complique.
La calcination du calcaire s’effectue dans deux types de four dits à combustion intermittente ou à combustion permanente.

 

Les fours de Cavigny font partie d’un complexe industriel datant de la moitié du 19e. Ils ont été construits sur les plans d’Alfred Mosselman, industriel franco-belge, qui a beaucoup œuvré en Normandie. L’activité a perduré jusqu’en 1930. L’apparition des engrais chimiques et l’usage du ciment entraînèrent la fin de l’activité.
De chaque côté de la Vire, trois sites sont classés.
Commençons la visite par le site privé de La Meauffe.
A proximité des fours, la carrière de calcaire est devenue un charmant petit lac où la brise normande donne la chair de poule à la surface.

Four à chaux (39)

 

Une vue aérienne datant de 1947 donne une bonne idée du site.

Four à chaux (2)

 

Sur le plancher des vaches, si les bâtiments annexes ont disparu, on retrouve les deux constructions qui abritent les fours .

Four à chaux (5)

 

Le premier, comme bien souvent, est adossé à un talus pour faciliter l’accès aux fours qui s’alimentent par le haut. (Gueulard)
Un rapide coup d’œil permet de constater qu’il ait subi des transformations au fil du temps.

La meauffe

 

Déjà la première question sans réponse : Quel pouvait être l’usage de ces trappes en façade ? Contrôle du tirage ? Je ne sais.

Four à chaux (16)

 

Etant donné que l’accès intérieur du bâtiment est réservé aux chiroptères, rabattons-nous vers l’autre bâtiment.

Four à chaux (34)

 

Pour cebâtiment, pas de talus, l’accès aux gueulards s’effectuait à l’aide d’une rampe inclinée aménagée d’une petite voie ferrée.

rampe
Une petite dérivation des eaux de la Vire a permis l’implantation d’une roue à aubes chargée de mouvoir un treuil afin de tracter les wagonnets.

roue a aubes

 

La bâtisse est longée d’un petit chenal qui conflue avec la Vire. Un quai permettait de verser la chaux dans des gabares. Les vestiges encore en place ne me permettent pas d’en appréhender le fonctionnement.

Four à chaux (11)

 

L’intérieur des bâtiments en briques se présente sous la forme de deux couloirs principaux coupés de traverses orthogonales où la lumière a du mal à se faufiler.

Four à chaux (6)

Au-dessus de nos têtes, les croisées des voûtes ne manquent pas d’élégance évoquant une sorte de mandala au camaïeu d’ocres.

Four à chaux (10)

 

La taille des piliers peut surprendre, mais l’interrogation est vite levée quand on comprend qu’ils renferment la base des fours comme l’indique cette embrasure murée.

Four à chaux (9) 

 

Par ces embrasures, on accède aux huis qui desservent le bas du four. (Ouvreaux). Une porte entrebâillée, après une reptation pénible, me donne accès à l’intérieur du four.

Four à chaux (14)
La vue dans cet espace confiné est assez impressionnante.

Four à chaux (38)

 

Détaillons les lieux :
1/ Au pied, l’aplomb est occupé par un cône en pierre. Je suppose que ce dernier est chargé de guider les pierres concassées vers les ouvreaux. Les barres métalliques coudées devaient servir d’appui à des barres de fer horizontales et amovibles formant une sorte de grille soutenant les blocs de pierre.
Il faut remarquer que la pression verticale exercée sur la grille est atténuée par la forme ovoïde des parois.

Four à chaux (7)

2/ Manifestement les ouvreaux servent à démarrer le foyer ainsi qu’au défournement.
3/ Le revêtement en briques réfractaires commence à 1.50 m. du sol ce qui correspond à la hauteur du cône.
Toutes ces observations me font pencher pour un four à cuisson permanente ce qui est compatible avec la volonté de production industrielle du site.

Les fours se présentent donc à peu près de cette façon (proportions inexactes) :

Four à chaux (1)

 

Concernant la suite, l’avis d’un spécialiste sera le bienvenu.
Avec beaucoup de précautions, je propose cette méthode. Par les ouvreaux, on allume un gros foyer sur lequel on déverse du charbon et une couche de calcaire retenus par les barres métalliques qui font office de sole.

Au fur et à mesure du remplissage, le foyer se déplace verticalement vers le haut Par gravitation, le calcaire calciné descend vers la base du four en se refroidissant. Au travers des ouvreaux, le chaufournier extrait les pierres à l’aide d’un crochet (havets ou ringards) en déplaçant les barres amovibles. Il est étonnant de constater que la taille réduite et la position au ras du sol des ouvreaux ne devaient pas rendre la chose facile. Cela ne semble pas très fonctionnel pour une production industrielle, mais il y a certainement une explication.
Le volume du sous-tirage de la chaux est compensé par l’apport de calcaire et charbon dans le gueulard. Le cycle est ainsi ininterrompu.

Toujours au niveau des interrogations, je suppose que la granularité du concassage du calcaire doit avoir une grande importance afin de permettre le tirage du foyer. Au pied du four, les portes des ouvreaux peuvent permettre de réguler celui-ci ?

Plutôt que risquer de s’étendre en billevesées, nous continuerons la visite des autres fours dans un prochain article. hand-cursor

7 réflexions sur « Fours à chaux normands »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.