Vialas Le Bocard

 

Cévennes, Gévaudan, Margeride ces mots évoquent des terres austères où le climat excessif a sculpté des paysages riches en sites somptueux, mais aussi pauvres économiquement. Pourtant, si le sol n’est pas favorable à des cultures extensives, il n’y a pas si longtemps, le sous-sol a fourni, quant à lui, de grandes quantités de matières premières bien rentables.
Aujourd’hui, nous allons visiter les ruines spectaculaires de l‘usine de traitement de minerai de Vialas. Dans cette aire géographique aussi peu urbanisée, la rencontre de ces vestiges est saisissante.
A la fin du XVIIIe siècle des filons de plomb argentifère sont découverts sur la commune.
Le minerai est d’abord traité à Villefort, mais suite à la richesse du gisement, en 1927, il fût décidé de transférer l’usine à Vialas sur les lieux de l’extraction.
La configuration accidentée du relief n’est pas propice à l’implantation d’un site industriel, qu’importe ! Il suffit de construite une voûte au dessus d’un petit affluent du Luech. Cette voûte longue de 100 mètres supportera une plate-forme où seront implantées les infrastructures de l’usine et ses nombreuses dépendances.

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Deux kilomètres en amont du site, l’eau du Luech est en partie canalisée jusqu’à l’usine pour servir de force motrice aux différents pilons chargés de broyer le minerai (Bocard).



 

Une des rares vues d’époque de l’usine donne bien une idée de l’importance du site.

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L’ouvrage a subi les outrages du temps depuis sa fermeture en 1894, les sites industriels n’étant pas bâtis pour durer. La récupérations de matériaux ( pierres tuiles) a accéléré la dégradation du site, mais les pans de mur restants sont de toute beauté démontrant l’audace des architectes et l’habileté des maçons cévenols pour qui l’art de la voûte n’a plus de secret depuis longtemps.

 

Avec le temps, l’environnement champêtre confère au site une ambiance très particulière, bien éloignée du vacarme et de la poussière qui devaient régner quand il était sous l’emprise du dieu Vulcain.

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Les mines consommaient beaucoup de bois pour le soutènement aussi des flancs entiers de montagne ont été boisés pour subvenir à ces besoins. Les descendants de ces plantations envahissent les lieux et maintenant, paradoxalement, contribuent à leur effondrement. Il devient difficile de reconnaître l’usage des différents bâtiments démantelés.

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Le bâtiment principal abritait la fonderie. La toiture en tuile a complètement disparu, seuls subsistent les murs extérieurs sur lesquels on peut deviner encore quelques voussoirs.

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Le traitement du minerai exige de nombreuses phases de traitements mécaniques et chimiques pour récupérer le métal convoité. Pour donner une idée, il fallait arracher 80 tonnes de minerai à la montagne pour obtenir 300 grammes d’argent ! Malgré le faible rendement, Vialas fournissait un quart de la production nationale. La production de plomb était accessoire.
Le tri manuel à la sortie des mines, le concassage à l’aide de bocards (qui a donné son nom à l’usine) suivis du criblage sont effectués en amont de la fonderie pour obtenir les schlichs. (Papy Mougeot nous explique que ce schmilblic est le résultat du minerai réduit en poudre, puis lavé).
A partir de cette poudre, il faut ensuite séparer les différents éléments qui la composent : soufre, plomb, argent, roche encaissante. Ces différentes étapes chimiques vont s’effectuer au travers de la cuisson.
Nous sommes ici devant les magasins des combustibles:

schlichsLà aussi, plusieurs opérations sont nécessaires, au combien complexes et enrichissantes question vocabulaire comme nous allons le constater.
Le processus (très simplifié) commence par le grillage qui sépare le soufre du plomb.
Une fouille récente a mis à jour des foyers des fours de grillage.

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Le minerai est ensuite passé dans un four à charbon afin de « libérer » le métal. A la fin de cette opération on obtient du plomb qui contient de l’argent séparé des scories.
On peut encore trouver des traces de laitier. (Roche non métallique devenue liquide par la cuisson.)

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Il faut maintenant séparer l’argent du plomb.
Cette opération s’effectue grâce à la coupellation.
La matière à traiter est placée dans une sole concave, sorte de grand creuset. Au fur et à mesure de la chauffe, le plomb aigre est écrémé en surface sous forme d’écume. Plus tard, les scories (abzugs) sont retirées à la surface du four à l’aide d’un racloir. Les abstrichts (impuretés) montent à la surface du bain et sont retirées de la même façon. Plusieurs heures de chauffe sont encore nécessaires pour que le plomb marchand (Litharges) surnage tandis que l’argent, plus dense, se concentre sous forme de galette au fond de la coupelle.
Je suppose que cette opération s’effectuait à cet endroit.

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On ne peut s’empêcher de penser aux inhalations délétères que respirait ces « Nicolas Flamel » qui transformaient le plomb, non pas en or, mais en argent, ce qui est déjà pas mal!.

 

Une des caractéristiques spectaculaires du site est la cheminée rampante qui domine l’usine. Longue d’une centaine de mètres, elle s’appuie sur le flanc escarpé du vallon. Assurant un fort tirage aux nombreux fours, elle éloignait le plus loin possibles les vapeurs nocives.
Elle avait une autre fonction. Elle possédait des chambres de condensation où étaient récupérées les fines particules d’argent en suspension dans les fumées. Pas question que l’argent parte en fumée !

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Passons maintenant sous l’usine pour admirer la voûte qui enjambe la rivière. Elle constitue l’aspect le plus spectaculaire des vestiges de l’usine. Le parcours souterrain révèle l’audace de et l’ampleur de l’édifice.

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L’activité de l’usine était tributaire du niveau d’eau qui, on le sait, est très fluctuant dans les Cévennes. Pour pallier cet inconvénient, une machine à vapeur a été installée plus tard. La hauteur de la voûte a été concue de manière à contenir les éventuelles crues.

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En parcourant le lit de la rivière, j’ai eu la surprise de tomber sur un vestige très intéressant.

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Ce bout de ferraille à l’apparence anodine est en fait un bout de rail Brunel ou Barlow issu vraisemblablement des aciéries de Decazeville ou Aubin.
Le barlow permettait de se passer de traverses en bois.

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Séduit par cette innovation britannique, Cabrol à Decazeville installe un train de laminage pour une production à grande échelle. Las pour les actionnaires, les inconvénients (résistance à la flexion, qualité du fer, difficulté de fabrication) ont pris le pas sur les avantages et ce type de voies ferrées a été rapidement abandonné. Pendant un temps le stock de rails sera reconverti pour un usage de poutrelles comme on peut le constater dans les ruines de l’usine de Vialas.

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Les exemplaires encore visibles de ce type de rails sont devenus très rares et méritaient bien cette petite digression.

Longtemps menacé de ruine totale, le site est maintenant pris en charge par la Mairie de Vialas, le Parc National des Cévennes et l’association Le Filon des Anciens qui souhaitent le mettre en valeur tout en le sécurisant. Ce type d’initiative est suffisamment rare pour être signalé.

 

Pour aller plus loin:
Association Le filon des anciens Site très complet sur l’usine du Bocard.hand-cursor
Des archives très interressantes rassemblées par Mr Jean Marie Gazagne et publiés par Vialas en Cévennes.hand-cursor
La saga du rail Barlow.hand-cursor

 

La colonie agricole et pénitentiaire du Luc. (Cellules)

 

Je vous ai déjà décrit mes observations concernant la colonie agricole du Luc au cours de ces trois articles:
la genèse,
les bâtiments,
la fromagerie.

 
A la suite d’une nouvelle visite , il m’a semblé intéressant de revenir sur quelques témoignages laissés par les colons au cours des séjours qu’ils effectuaient en cellules.
Le but n’est pas ici de surfer sur une corde sensible, bien qu’il soit difficile de déchiffrer ces graffitis sans éprouver un sentiment de compassion ou de révolte, mais il faut tenter de se replacer dans le contexte de l’époque où la notion d’enfant roi n’était pas franchement d’actualité.
Quittant la civilisation en sortant de la gare d’Alzon, les gamins ou adolescents qui se rendaient à la colonie devaient se demander sur quelle planète leurs existences allaient dorénavant se dérouler. Issus pour la plupart de villes, la découverte de cet univers minéral et silencieux devait vêtir leur moral d’un paletot bien lourd à porter.

Déjà privé de liberté jusqu’à sa majorité, pour le colon récalcitrant, la double peine sous la forme d’ un séjour en cellule était fréquente.

Au Luc, les 5 cellules sont les seules parties des bâtiments restées en l’état et je remercie le propriétaire qui m’a ouvert l’huis, me permettant ainsi d’écouter parler les murs.

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En haut et en bas de la porte, serrure doublée d’une targette, judas fermé par une trappe métallique, les moyens de fermeture sont bien afférents à ceux d’une porte de cellule. Ces mesures carcérales semblent bien excessives quand on sait que toute évasion relevait de l’utopie tant l’environnement était désertique. Pourtant, plus d’un ont tenté de se faire la belle.

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Le passe-plat, au ras du sol n’échappe pas à la règle. C’est pourtant par cet orifice que le dénommé Bottari aurait réussi à forcer la serrure du bas et par le judas celle du haut. Cette version, relatée par les chaussettes à clous, parait peu probable, une complicité extérieure me semble plus plausible.

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Le décor est vite planté. Quatre murs, une porte et un soupirail muni de barreaux. Pas de moyen de chauffage.

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Du sol au plafond, les murs sont recouverts de graffitis. On est fortement interpellé par tous ces noms tantôt soigneusement calligraphiés tantôt furtivement ou maladroitement tracés. En essayant de les déchiffrer, on ne peut s’empêcher de les personnaliser en y greffant par imagination une évocation de ce que pouvait être le caractère de leurs auteurs. Hargneux Pieroti dont le patronyme est profondément gravé en plusieurs endroits ? Rêveur Druais avec son penchant manifeste pour le dessin? Fataliste Chouvin et son poème pessimiste? Insoumis Rustoll? Amoureux Giraud? Je suis certainement à côté de la plaque, mais qu’importe, ces témoignages d’enfants méritent bien qu’on s’y attarde.

C’est sur la peinture écaillée des portes que l’on peut relever les inscriptions les plus anciennes. Parmi la profusion d’inscriptions, on peut distinguer ici un Albert Villeneuve né(e) à Oran en 1892.

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Au fil du temps, les murs ont été enduits plusieurs fois aussi les gravures que l’on peut distinguer aujourd’hui appartiennent à la dernière période alors que le Luc était passé sous la tutelle de l’Assistance Publique (1904-1929).

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Le temps efface petit à petit les traces. Les mentions du lieu et date de naissance sont pratiquement systématiquement mentionnées. Ce sont bien souvent les seuls éléments connus de ces enfants concernant leurs origines et l’on comprends qu’ils s’y accrochent. On constate des provenances géographiques très variées. On peut noter que plusieurs graffitis indiquent des colons originaires d’Algérie (Constantine, Oran, Orléansville). Sans doute une des conséquences de l’immigration encouragée suite à la révolution de 1848. Le manque de préparation et les maladies ont causé beaucoup de décès ce qui a dû engendrer de nombreux orphelins.
Ici, on devine La Roche sur Yon.

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Armel Charteau 21 Octobre 1896 à Nantes souhaite le bonjour à tous.

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A quelles amours s’adressent ces cœurs ? Parmi tous les entrelacs je n’ai pas discerné de prénoms féminins. Je n’ai pas non plus remarqué de graffitis à sous-entendu graveleux.

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Pour tromper l’ennui, certains esquissent un autoportrait à moins que ce soit le visage d’un camarade comme l’atteste la présence d’un béret qui faisait partie de l’uniforme du colon.
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Est-ce le même colon qui rentre poule et poussins à l’abri du renard?

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Ici la seule représentation féminine que j’ai vue. Le texte accompagnant cette élégante au sourire en coin est à jamais perdu.

Colonie agricole du Luc (7)Ce profil est peut-être dû au même artiste.

Profil

Là, nous avons droit à un marin déclarant: Je suis un fayot de la marine ! Une moquerie envers un gardien ancien militaire ? Encore une supposition!
En dessous, un carré magique formé des chiffres de 1 à 9 et dont chaque ligne est un total de 15. Les degrés d’instructions que l’on peut déduire grâce aux graffitis sont pour le moins hétérogènes.

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Le bis mentionné à la dernière ligne fait penser à un chant dont les paroles sont perdues. On ne saura pas ce qu’il fallait garder dans notre coeur…

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JE SORTIRAI QUAN DIEU LE VOUDRA VOICI 19 JOUR QUE JE SUI EN CELULE
Est-ce Permann(?) Jean-Marcel qui a tenté ces calculs ? Voila 432 heures que je suis en cellule. 224490 minutes et 1393 secondes.
Il compte les jours, les heures jusqu’aux secondes, mais fataliste, il ajoute plusieurs fois : MES ENFIN JE NE MAN FE PA

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Sur ce panneau, on peut voir en plusieurs endroits, 5 points assemblés comme sur une face de dé. Dans les prisons, ce signe symbolise l’enfermement entre quatre murs.
Figure également la date de 1927. Bien que devenue Ecole professionnelle en 1904, il apparaît clairement que les méthodes héritées de la période pénitentiaire ont perduré jusqu’à la fermeture en 1929.

 

La notion de classe militaire est très présente dans les graffitis. Pour beaucoup, l’engagement dans l’armée était la solution choisie à leur sortie du Luc. Arrivé à l’age de 13 ans, Rastoll entame sa dernière année au Luc en cellule.

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Dans une autre cellule, Rastoll nous indique son 2eme prénom: Manuel

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Louis Raymond Chouvin a gravé son nom en plusieurs endroits. Manifestement, il a effectué plusieurs séjours en cellule.
Peut-être par esprit bravache, il nous a laissé un poème. En est-t-il l’auteur ? Peu importe,clic! le texte fait froid dans le dos tant il décrit l’avenir qui était réservé à nombre de ces colons qui se sont retrouvés déphasés à leur libération.
La Loire m’a vu naître
L’Assistance m’a vu paraître
La colonie de Mettray dans la torture
La colonie du Luc dans l’esclavage
Les prisons me verront rentrer
Le bagne me verra souffrir
Et Cayenne sera mon tombeau
Et debler* me fera passer le cou par la lunette
L’échafaud me verra mourir.

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A 18 ans, en traçant ces lignes, ce Chouvin était d’une lucidité effrayante et ne se faisait guère d’illusions quant à son avenir lointain. Néanmoins, cet originaire de Saint-Etienne pense à se mettre au vert:A moi la Loire et ses filles charmantes dans six mois au jus.

 

Sur ce chevron réutilisé pour une modification de la toiture, on peut déchiffrer : Elena est rentré à la Colonie de Beaurecueil le 10 mars 1873 et au Luc le 24 ?
C’est la plus ancienne inscription que j’ai pu relever.

elena

 

Ce message se passe de commentaire !

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MES CHERS AMIS
PRENEZ TOUS LA FUITE
NE RESTEZ PAS AU LUC
Pierotin, Coste, Mustapha, Giraud, Mollier, Toselli, nombreux sont les patronymes que l’on peut déchiffrer avec un éclairage rasant dans les différentes cellules. Au cours de différents séjours, ces jeunes rebelles aux origines très variées ont laissé leurs noms, sinon pour perpète, du moins tant que dureront les murs.

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Refermons doucement la porte sur les fantômes des colons du Luc.

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Licorne

 

Surprise!
Nous sommes bien loin de la forêt de Brocéliande, pourtant les frondaisons humides se sont écartées doucement ce matin pour livrer passage à cette belle licorne.

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Chut ! Profitons du spectacle.

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Je vous vois venir, pourfendeurs d’incertitudes et approximations, vous allez argumenter que le front de cette belle apparition n’est pas dotée de corne, mais de bois!
Laissez moi rêver. Son front n’est paré que d’un seul appendice, donc c’est bien une licorne !

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Le chevreuil perd ses bois à l’automne. Ceux-ci repoussent rapidement et sont débarrassés de leurs velours en Avril- Mai (fraye).
(Remarquons au passage que les animaux porteurs de bois sont qualifiés de cervicornes histoire de mettre un peu de confusion.)
Pourquoi notre licorne ne possède qu’un « bois » ? Anomalie génétique, bagarre? Ce bois dépourvu d’andouiller semblerait indiquer un individu relativement âgé (7/8 ans).

Si je la croise, je demanderai à la fée Morgane.

 

L’arrivée du printemps

 

Pour le plaisir des yeux, je vous présente quelques photos qui annoncent le retour du soleil.

Revenons au Château de la Rivière où les eaux se sont retirées des bocages. La migration estivale a garni les murailles de locataires bruyants où la moindre éminence est occupée par de nouveaux guetteurs. Le spectacle son et lumière offert gracieusement par ces cigognes blanches est assez impressionnant.


Wikipédia

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Tout ce joli monde est employé à la confection du nid qui au fil des ans peut atteindre 1.50m. de diamètre et un poids de 60 à 200 kgs !

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L’attitude du spécimen au second plan peut être interprété comme un salut ou comme une menace.

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Pour faire savant, on peut placer dans la conversation que contrairement à beaucoup de volatiles, Monsieur Cigogne possède un pénis vestigial..
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Si la cigogne hiverne, ce n’est pas le cas du lézard vert qui lui hiberne.
J’ai eu la chance d’observer ce joli mâle profitant des premières chaleurs pour sortir de sa léthargie.

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Allez, on termine ce petit bestiaire printanier avec ce joli passereau qui passait par là. L’est-y pas mimi ce pinson comme dirait Alfred ?.

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Champagne

 

Le printemps est là et l’envie de coincer la bulle plus forte que jamais. Nous allons voir que ce n’est pas toujours simple. Si le champagne est synonyme de jouissance, les préliminaires ne sont pas une partie de plaisir !

 

Généralités:
La spécificité du vin de Champagne est due au fait que les vignes poussent sur des bancs de craie. Cette roche alluvionnaire est fragmentée ce qui favorise l’absorption de l’eau l’hiver. Sa porosité fait que l’eau de la nappe phréatique remonte par capillarité pendant les périodes sèches. En outre (à vin), elle est d’une cohérence faible, caractéristique qui facilite grandement le creusement de caves.
Si sept cépages sont utilisés pour l’AOC Champagne, le Pinot noir, le Chardonnay et le Pinot Meunier représentent à eux trois 99 % de l’encépagement répartis en parts à peu près égales.
Élaboré dès le Moyen-Age, le vin de Champagne est d’abord consommé non pétillant, sa mise en bouteille étant effectuée après la prise d’alcool.
A partir du XVIIe, il est exporté en tonneaux. L’Angleterre vient de mettre au point des bouteilles résistantes à la pression. A l’intérieur de celles-ci, la fermentation naturelle continue et provoque une effervescence très prisée des Anglais. Ils ajoutent du sucre de canne issu de leurs colonies ce qui amplifie la prise de mousse. Et oui, on peut dire que c’est grâce aux Anglais que la mode champenoise est née.
Au XVIIIe, le vin pétillant acquiert une renommée mondiale malgré les difficultés inhérentes à la maîtrise de l’effervescence. (De nombreuses bouteilles explosaient.) En 1821, la légende de Dom Pérignon fut créée afin de ramener sur les terres champenoise l’origine du champagne. Il semblerait que ce dernier était davantage à l’origine des assemblages des crus plutôt qu’inventeur de l’effervescence du vin champenois. Grace à ses travaux, le vin de Chaampagne acquière une qualité qui assoit sa réputation.

 

1861, patatras ! Venu des Etats-Unis, un puceron s’attaque goulûment aux racines de nos cépages. Le phylloxéra détruit rapidement les vignes malgré les tentatives de traitement. L’injection le sulfure de carbone au pied des ceps à l’aide de pal d’injection s’avère totalement inefficace.

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Le mildiou fait également partie du paquet cadeau. Il est combattu avec plus de succès grâce à la pulvérisation de sulfate de cuivre à l’aide de… sulfateuses.

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Le sauvetage viendra de l’usage des greffes. En effet, les racines des vignes américaines cicatrisent rapidement et la plante survit à l’agression du phylloxera. Les vignes champenoises seraient donc américaines ? Pas de panique ! Si le porte-greffe est bien d’origine outre-Atlantique, le greffon qui produira les grappes est bien de cheu nous ! Les bourgeons produits par le porte greffe sont systématiquement éliminés !

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A l’aide de l’impressionnante collection rassemblée au fil des ans par Monsieur Caillet à Faverolles et Coëmy, nous allons passer en revue les étapes de l’élaboration du précieux breuvage au cours du début du XIXe siècle.

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Le ramassage est toujours entièrement et obligatoirement manuel, seules les grappes arrivées à maturité sont récoltées. La forme des hottes varie en fonction des époques. Chaque porteur transporte entre 3 et 4 tonnes de raisin par jour.

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Les grappes sont ensuite pressées rapidement afin d’éviter que les peaux macèrent dans le jus ce qui colorerait ce dernier. Cette opération s’effectue en deux fois : 1ere pression = cuvée, 2eme pression après brassage du marc = taille.
Les jus récoltés sont stockés séparément. Leurs propriétés différentes interviendront dans l’assemblage.
Actuellement, 4000 kgs de raisins doivent produire 2552 litres de jus et pas un de plus, on ne rigole pas avec ça, AOC oblige.

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Le moût est ensuite mis en cuve (belon) où se produira la première fermentation qui transformera le sucre en alcool.
Afin de clarifier le jus, on procède au collage qui consiste à introduire des protéines qui en se coagulant vont emprisonner les particules en suspension. La lie se dépose au fond de la cuve par gravitation.

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Après environ un mois, le jus clair est tiré à l’aide d’une pompe pour séparer celui-ci du dépôt situé en fond de cuve. Le vin obtenu non effervescent est qualifié de tranquille.

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L’assemblage.
Voici venir le moment où l’artiste prend le pas sur le chimiste. Nous abordons ici une autre spécificité du vin de Champagne où l’homme fait preuve de créativité et de savoir: l’étape magique de l’assemblage. Effectué par le maître de cave, l’assemblage est la recherche d’une harmonie en mariant les cépages, cuvées et années de récolte. Cela consiste à marier différent vins tranquilles afin d’obtenir un caractère homogène au fil des ans qui caractérisera la marque de l’exploitation. Certaines années exceptionnelles, l’assemblage est effectué uniquement avec la récolte de l’année. Dans ce cas, le champagne est millésimé.(Et cher!)

assemblage_champagnePhoto empruntée sur ce site.

 

Le tirage
Au printemps, le vin est mis en bouteilles. A l’aide d’une doseuse, sont ajoutés 24 grammes de sucres par litre ainsi que des levures. Ces dernières dégraderont le sucre en alcool et dégageront du gaz carbonique responsable des fameuses bulles.
C’est la deuxième fermentation.

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Les bouteilles sont fermées à l’aide d’un bouchon maintenu par une agrafe ou plus tard d’une capsule.
Au cours de cette étape, la pression à l’intérieur des bouteilles monte à six kg au cm 2.

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La prise de mousse
Pendant 15 mois minimum, les bouteilles sont entreposées à une température de 10-12 degrés. Afin que le vin soit au contact du dépôt, les bouteilles sont couchées sur lattes.
Il faut ensuite enlever le dépôt formé par les levures mortes.
Le remuage
Les bouteilles sont disposées inclinées sur des pupitres le goulot dirigé vers le bas. Pendant quatre à cinq semaines, les bouteilles sont journellement pivotées d’un huitième de tour et régulièrement relevées afin d’amener le dépôt contre la capsule. Cette opération est très progressive afin que les particules fines en suspensions puissent s’agglomérer avec le dépôt plus lourd. Le coup de poignet nécessaire demande du savoir faire, la rotation devant s’accompagner d’une légère secousse pour décoller la lie de la paroi de la bouteille. Un bon remueur pouvait manutentionner plus de 70 000 bouteilles par jour. Ils devaient être redoutables au baby foot !

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Le dégorgement
Cette opération consiste à retirer le dépôt qui s’est déposé dans le goulot de la bouteille. L’opération n’est pas simple. La pression à l’intérieur de la bouteille est, je vous le rappelle, de six bar. Il faut déboucher la bouteille, le goulot incliné vers le bas, et la relever rapidement dès que la pression éjecte le dépôt en laissant échapper le moins de vin possible. Le bouchon et le liquide évacués sont réceptionnés dans un récipient appelé guérite souvent bricolé à partir d’un tonnelet.

Champagne (18)
L’opération est spectaculaire !


Origine de la vidéo.

 

La perte de volume est compensée par l’ajout d’une liqueur souvent à base de sucre de canne. Suivant le dosage, on obtient un vin considéré de doux (50gr/l) à extra brut (>7gr/l.)

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Il ne reste plus que le bouchage.
Là aussi, ce n’est pas simple. Toutes les étapes nécessaires à l’élaboration du précieux liquide s’effectuent dans des bouteilles de 0,75 litres ou magnum (1.5 l.). Les contenances différentes ne manquent pas, allant du 8eme de litre (maintenant inusité) jusqu’au Melchisedech (30l.), voire plus. Seules les bouteilles de 0.75cl. et magnums vieillissent en cave. Les autres formats sont transvasés à la demande avant la vente.

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Pour résister à la pression, les bouchons étaient ficelés. Nous voyons ici un cheval de bois dont le levier décuplait la force à exercer sur les nœuds.

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Avant la mise en bouteille, le bouchon est cylindrique. La partie destinée à rester à l’extérieure du goulot est composée d’un liège moins compact. La partie insérée dans le goulot est écrasée par la machine à embouteiller ce qui lui donne cette forme particulière de champignon.
Afin de résister à la pression, petit à petit, le fil de fer remplace la ficelle et nous arrivons au muselet torsadé avec sa capsule recherchée par les placomusophiles.

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Appareil à museler un Nabuchodonosor.

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Je ne sais pas pour vous, mais moi cet article commence à me donner soif !
Le champagne se déguste à une température de 8-10 degrés.
Pour la faire prout-prout, sachez que le champagne se verse en tenant la bouteille avec le pouce dans le cul et les autres doigts en dessous.

A ce propos, à l’origine, le cul des bouteilles est creux pour faciliter le travail des souffleurs de verre qui avaient du mal à réaliser des fonds parfaitement plats. Cette concavité, appelée piqûre, possède également l’avantage d’abaisser le centre de gravité de la bouteille et d’assurer ainsi une meilleure stabilité.
Reste la dernière interrogation existentielle, à savoir coupe ou flûte ? La coupe a eu son heure de gloire quand la forme de ce verre a été, nous dit-on, moulée sur le sein de Marie Antoinette. (Si c’est le cas, la reine devait avoir de bien menu). La coupe présente surtout le grand inconvénient d’offrir une grande surface de contact entre l’air et le vin ce qui provoque une rapide déperdition des bulles. Après toute la peine que le vigneron s’est donnée pour les obtenir, c’est un comble. Donc disons flûte au téton de l’étêtée et préférons le verre tulipe qui concentre le bouquet tout en dévoilant la progression des bulles!

Ah oui, ces fameuses petites bulles ! On les doit à la nucléation hétérogène. (C’est le genre de phrase qui vous pose un article !)
Le torchon qu’on utilise pour essuyer le verre dépose de minuscules fibres de cellulose. Citons cet article qui explique le phénomène :
D’où viennent les bulles du champagne ?
Ces fibres sont initialement creuses, et emprisonnent donc une petite poche d’air. Lorsque le champagne entoure la fibre, le gaz carbonique est attiré par la poche d’air et y pénètre en la faisant grossir.
Pour preuve, regardez, dans la bouteille, pas de petites bulles qui montent à la surface.

Il ne nous reste plus qu’à passer aux travaux pratiques en trinquant avec ou sans modération !

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Pour retrouver tous ces beaux objets:
La ferme de Flancourt.

Vidéoothèque virtuelle:
Explications sur les petites bulles:


C’est pas sorcier:


Rocailles sacralisées

 

Depuis les temps les plus reculés les grottes, considérées plus ou moins consciemment comme un symbole utérin, ont été fréquemment associées au mysticisme. Les croyances modernes n’ont pas manqué de perpétuer cette tradition et les exemples ne manquent pas quel que soit le contexte géographique par exemple: l’étable de Bethléem située dans une cavité, la caverne de Hira où Mahomet reçut le premier verset du Coran, les grottes des mille Bouddhas de Bezeklik, etc. En France, les grottes baptisées de noms de saintes sont légion sans parler du millier de fac-similé de la grotte de Lourdes.
Nous ne parlerons pas ici des célèbres grottes préhistoriques ornées, mais beaucoup plus modestement de petits sites contemporains à portée de mes sabots qui, par leurs aménagements, ont un caractère disons, insolite.

La géologie n’est pas toujours propice aux formations de cavité karstique. Qu’importe ! Si la foi soulève des montagnes, elle peut bien créer des cavernes.
Je vous propose de commencer par la rencontre, en plein milieu des bois, d’un édifice ô combien étonnant juché au point culminant d’une grande propriété !

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Cet imposant Christ (dit du Sacré-Cœur) d’environ trois mètres de haut est campé sur un faux rocher fabriqué en mâchefer enduit de stuc.
L’édification de ce site en 1875 fut peut-être influencée par la réaction catholique à la commune de Paris*. Il fait immanquablement penser au jardin des Buttes Chaumont avec son imitation, très prisée à cette époque, d’une nature exubérante. (style « rocaille » impulsé par l’invention du ciment Portland.)
* 1875 pose de la première pierre de la Basilique du Sacré-Cœur à Montmartre.

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Bien que les années passant, la patine et la végétation lui confèrent une allure un peu plus naturelle, la rencontre de cet édifice au détour d’un chemin est plus qu’intrigante !
Le côté insolite ne s’arrête pas là, en effet la structure est creuse formant ainsi une grotte pour le moins improbable.

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La cavité a été aménagée en lieu de culte où l’on distingue encore les emplacements de l’autel et du tabernacle. L’environnement est décoré de faux stalactites d’un romantisme très kitsch destinés à renforcer « l’effet grotte ».

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A l’extérieur, un chemin en colimaçon élève le pèlerin jusqu’au pied de la statue.

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Frotter le gros orteil est censé favoriser une maternité proche. (Légende de Saint Greluchon). L’absence de rouille sur ce doigt de pied nickelé montre que le rite païen perdure alors que la procession catholique n’a plus lieu depuis des lustres.
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Autre lieu, autre cavité.
Dans la région de Rambouillet, si l’environnement sableux Stampien n’est pas une zone calcaire propice à la formation de grotte, la solifluxion du sable sous la dalle de grès peut dégager des surplombs qui peuvent s’apparenter à des grottes. Nous allons visiter une de ces cavités où le phénomène a été accentué artificiellement afin de dégager une caverne aux dimensions respectables grâce à un important travail d’excavation.
Dès l’entrée, la volonté de sublimer l’endroit est omniprésente.
Un agencement de pierres maçonnées ouvre sur deux boyaux mystérieux.

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L’intérieur n’a rien à lui envier. Une fois dans les lieux, des cloisons ajourées partagent l’espace dans une ambiance pour le moins étonnante.

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Manifestement, un tel effort d’aménagement souterrain a été dicté par une volonté d’abriter un lieu de culte comme le montrent ces arcatures à claire-voie décorées de croix latines.

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Saillant du mur, une langue de grès a été laissée en place pour former une sorte de table (autel ?) soutenue par une maçonnerie en voûte.
On peut y lire quelques graffitis. Parmi eux, probablement, un patronyme d’un soldat américain, le choix de la date correspondant à la libération du village. Cela tend à prouver que cette cavité jouissait d’une certaine renommée à l’époque, ce qui n’est manifestement plus le cas.

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Voci un autre endroit où le surplomb formé par la platière de grès a été mis à profit. Ici, l’adret est aménagé de manière spectaculaire à l’aide de terrasses et escaliers.

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Partant du talweg, ce cheminement qui louvoie entre les affleurements rocheux, atteint le sommet de la pente où se trouvait une chapelle abritée par la dalle de grès. Ce n’est manifestement pas pour bénéficier d’une économie de main d’œuvre quand on constate les moyens employés pour exploiter la pente en espaliers. Bien que l’aspect souterrain soit ici davantage suggéré que spectaculaire, l’endroit s’appelle néanmoins : Les grottes de …*

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Changeons de secteur, mais pas de région. En voulant montrer à un ami un ancien tunnel creusé par les carriers, quelle ne fut pas ma surprise en constatant que depuis ma dernière visite, le lieu avait été aménagé, là aussi, en lieu de culte. Comme quoi, si le goût pour le style rocaille est passé de mode, l’association grotte-religion est toujours bien ancrée dans les traditions.

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Nous allons conclure ces petites observations où le sacré « estampille » des anfractuosités par le massif de Fontainebleau. Ses rochers, aux formes tourmentées, contiennent souvent des géodes aux dimensions variables qui peuvent être apparentés à des cavités. Celles-ci sont parfois ornées de gravure linéaires majoritairement abstraites qui font couler beaucoup d’encre chez les amateurs de paranormal.
Plus sérieusement, les archéologues s’interrogent sur la (ou les) intentions des civilisations qui ont laissé ces nombreuses gravures toujours associées à des alvéoles plus ou moins prononcées.
Contrairement au cas précédemment visités, cette volonté de « sacraliser » des cavités prend ici un aspect beaucoup plus confidentiel. Il n’est pas rare d’être obligé de ramper pour les observer.

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Si on peut comprendre que les grottes dégagent une atmosphère mystérieuse par la modification de notre perception habituelle de l’environnement, ce n’est pas le cas pour ce modeste rocher que rien ne distingue de ses voisins si ce n’est une modeste encoignure.

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Une profusion (21) de croix latines sont gravées sur les parois de cette petite enfonçure. Pourquoi ce rocher et pas un autre ? Mystère !

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Les tailles et formes différentes tendent à montrer qu’elles ont été gravées par différentes « mains » attestant un rite inscrit dans la durée. On peut noter le jambage vertical de la lettre L transformée en croix .

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*J’ai pu visiter ces lieux fragiles grâce à l’amabilité des propriétaires. Compte tenu de leur fragilité , il est inutile de me demander où ils se cachent.

Capture
collection Jean-Michel Chesné.fr

 

Soufflantes à Decazeville

En 1826, dans une petite vallée de l’Aveyron commençait une aventure qui allait aboutir à un grand centre sidérurgique . Très succinctement, voici en guise de préambule un petit résumé de l’épopée:
Au début du XIXè siècle, la fonte du minerai de fer se fait à l’aide de charbon de bois. Les Anglais, confrontés à une grande pénurie de bois, commencèrent à utiliser le charbon de terre en épurant celui-ci par grillage. (Coke). Profitant des innovations anglaises, le duc Decazes, épaulé par l’ingénieur Cabrol, a mis à profit la proximité des mines de fer et de charbon du bassin Nord Aveyronnais. Il implante des hauts fourneaux, forges etc. L’essor de ce complexe sidérurgique fut à l’origine de la création d’une ville qui fut baptisée … Decazeville. Un siècle plus tard, la ville comportait 15000 habitants.
Les deux conflits mondiaux ont permis de maintenir l’activité marquée par des conflits sociaux violents. A partir des années 1950 le déclin définitif commence.

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1987, la dernière coulée de fonte était produite . Avec l’arrêt des fumées, du bruit et de la fureur des ouvriers, la vallée du Lot retrouve un calme amer au prix d’une diminution régulière de la population. (6000 habitants au dernier recensement).

 

Que reste-t-il de l’héritage de cette épopée sidérurgique ? Rien !
Une comparaison aérienne entre 1947 et aujourd’hui montre que l’on a fait table rase du passé industriel.

1947IGN2014IGNAllez, vous vous doutez bien que Baguenaudes vous a déniché quelque chose. Regardez bien en bas à droite, dans le cercle rouge, un bâtiment est toujours debout.

 

soufflantes (2)Ce bâtiment en triste état et fortement menacé par l’aménagement du site semble bien anodin, pourtant, il contient un témoignage de l’aventure industrielle de Decazeville. A l’intérieur, on peut découvrir les derniers exemplaires en Europe de soufflantes Corliss.
Késako ?
En gros, les soufflantes étaient des machines chargées de pulser de l’air pour activer la combustion dans les hauts-fourneaux. Des bouffadous en quelque sorte comme on dit avec l’accent régional.
Mues par une machine à vapeur, les soufflantes compriment l’air, un peu comme une pompe à vélo, pour l’envoyer dans de gros réservoirs. A l’intérieur de ces derniers (Cowpers), l’air est chauffé grâce à l’apport des gaz de combustion des hauts fourneaux (CO). Cet air chaud est injecté ensuite dans le haut fourneau pour attiser la combustion.

cowpers

 

Bien entendu, c’est beaucoup plus complexe que cela et je n’ai pas les compétences pour vous détailler le processus.
Gardons notre souffle et revenons… à nos soufflantes.
Si dans l’industrie, on connait une évolution vers le mini, le micro, et maintenant le nano, au début XXe siècle, les machines affichaient leurs puissances avec ostentation. Ici, souffler n’est pas jouer !

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Le personnage n’est pas là pour faire le charlot mais pour donner une idée des dimensions de ces volants d’inertie.
Cela ne vous rappelle rien ?

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Voici donc quelques vues de ces anciens « temps modernes ». Bien qu’il ait rendu son dernier souffle, cet assemblage de bielles et pistons énormes dégage avec leurs habillages de rouille un esthétisme digne de sculptures modernes. Ne mérite-t-il pas de passer de statut de déchet industriel à celui de monument témoin?

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Au cœur du dispositif, la machine à vapeur de type Corliss qui entraîne la bielle du volant d’inertie et les pistons du compresseur.

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Le régulateur qui assure le débit constant de la vapeur.

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A l’opposé du volant, se trouve le compresseur.

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Admission d’air pour le compresseur ?

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Chose étonnante, vous pourrez constater que ce bâtiment industriel était dallé d’un joli carrelage.

carrelage

 

Quelques détails pris au hasard.

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Ci-dessous, les biellettes du tiroir d’admission ?

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En 1912, le dispositif est renforcé par l’apport d’une turbo soufflante Sauter-Harlé d’une capacité supérieure aux deux Corliss. Ces dernières resteront néanmoins actives pour parer à une éventuelle panne de la turbo soufflante. Il est impératif que le cycle de fonctionnement du haut fourneau ne soit jamais interrompu sous peine de détériorations très importantes.

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Après l’examen du cœur, des poumons et des membres de cette belle machine, passons au sous-sol pour découvrir les entrailles. Elles sont parcourues de tuyaux et conduites qui distribuent les fluides. (eau, vapeur, air)

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A partir de 1939, il ne reste qu’un haut fourneau en activité et nos belles soufflantes de type Corliss ne sont plus utilisées qu’en dépannage.

 

Un plan très succinct pour tenter d’expliquer le principe.Plan1

Steam_engine_in_action Illustration Wikipédia

 

Association de Sauvegarde du Patrimoine Industriel du Bassin de Decazeville se bat pour que le bâtiment soit conservé et rénové, mais l’ avenir n’est pas encore assuré, la ville ne donnant pas l’impression de revendiquer et mettre en valeur son passé industriel. Heureusement un chevalement  a été sauvé par l’ASPIBD, pourvu qu’il en soit de même pour ces soufflantes exceptionnelles.

Puits_Decazeville

ASPIBD

 

Bonne année ?

 

L’année dernière, plein d’optimisme, je vous ai souhaité une excellente année 2015 tout en me gaussant des aruspices pessimistes qui farfouillent en continu les entrailles de nos médias.. Las, je dois bien avouer que je me suis bien fourvoyé. Les fées, marchant sur des voeux nous ont rapidement concocté une année bien pourrie pour ne pas dire une année de m…de. Le Grand Duduche s’en est allé alors que le Duce renait de ses cendres et il est bien difficile d’imaginer l’avenir en rose.
Néanmoins, Baguenaudes continuera d’essayer de vous faire partager quelques visites d’endroits qui me paraissent insolites, décalés ou simplement jolis, histoire de mettre un peu le quotidien entre parenthèses.

Alors, pour 2016, je ne serai pas trop gourmand: Mesdames les fées, s’il-vous-plait, faites-vous plus légères !

 

Ce petit oisillon est trop mignon pour se transformer en oiseau de mauvais augure.

2016

 

Allez, souhaitons que le fumier de 2015 fertilise un nouvel an prolifique en bulles de Champagne et cultivons les bons moments quand ils se présentent. N’hésitons pas entre le verre à moitié vide ou à moitié plein, vidons le !

 

Cheminée Géodésique

Décidément, on en trouve des choses bizarres en forêt !

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La rencontre de cette imposante cheminée située en pleine forêt de Fontainebleau a de quoi étonner. En effet, aucune trace de vestige industriel à proximité ne vient justifier sa présence. Renseignements pris, nous apprenons que nous sommes en présence d’une cheminée géodésique. Allons bon, comme dirait Dario Moreno :

A partir des années 1750, Cassini entreprend de cartographier la France.
Il dessine la première carte homogène grâce à une triangulation s’appuyant sur des points dont les coordonnées sont connus .
Les points culminants, tours, clochers ont servi de repères visuels pour les visées.
Fin XIXe, début XXe, le climat géopolitique est plus que tendu et l’état-major a besoin de cartes les plus précises possibles. Pour compléter le maillage des points Cassini , des cheminées ont été érigées, principalement vers le Nord-Est, région où les relations avec les voisins sont pour le moins empreintes de méfiances.
Pourquoi des cheminées ? Deux raisons: la hauteur, ainsi que leurs sommets effilés, présentent des repères précis visible de loin.
Deuxièmement, pour être le plus précis possible, l’instrument de visée (théodolite ou mire) doit être placé à l’aplomb du point géodésique connu. Qui dit aplomb, dit fil à plomb. Pour que celui-ci ne soit pas perturbé par les courants d’air, ont donc été érigées ces cheminées. Le géomètre , grâce à un échafaudage en bois monte au sommet de la cheminée, place son fil à plomb pile poil à l’aplomb du repère au sol. Une fois la verticale établie, il aligne son théodolite au dessus pour effectuer la visée, ou une mire qui sera la cible d’une visée provenant d’un autre point géodésique.

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Près du sommet on peut voir le reste de la structure métallique qui donnait accès au sommet de la tour.

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Cela devait ressembler à ceci:
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Le pied de la cheminée est pourvu d’ouvertures qui permettent de vérifier l’aplomb du fil.

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Au sol, le point géodésique est ici matérialisé par une pastille en bronze de la taille d’une pièce de monnaie.

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Au dessus, l’intérieur de la cheminée est impressionnant. Je ne connais pas la hauteur de cette tour mais cela doit dépasser les 20 mètres.

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Au pied de cette cheminée on peut voir également un point de nivellement qui, renseignements pris, nous indique que nous sommes à une altitude de 146.313 mètres au dessus du niveau de la mer.

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J’entends bien le petit malin qui chuchote dans mon dos: à marée basse ou marée haute ? A cela, je rétorque que le point  étalon 0 a été calculé sur une moyenne des observations effectuées au marégraphe de Marseille du 1er février 1885 au 1er janvier 1897. NGF/IGN69. (France métropolitaine sauf Corse). Chaque pays possède son propre point 0 et pour compliquer la chose, les GPS utilisent un autre référencement (WGS84). Heureusement, ils savent s’adapter pour nous indiquer une altitude correspondant à nos cartes.

 

Revenons à nos cheminées. Celle-ci est beaucoup plus petite. Peut être est-ce dû à sa situation sur le point le plus élevé du Sud de la Seine et Marne (Rumont) dans un secteur où la végétation qui dépasse rarement la hauteur d’un épi de blé ne risque pas d’entraver la visibilité lointaine du repaire.

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Elle a été restaurée en 2000. La matrice cylindrique qui matérialisait le point au sol n’est plus en place. Le fait qu’elle était en cuivre n’y est sans doute pas pour rien.

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Autre plaine, autre cheminée. La suivante, haute de 9,15m., placée sur le point culminant du plateau de Champcueil, se voit également de loin. Son édification en béton la rend moins esthétique, mais bon ce n’est pas le but non plus !
Sa silhouette a été étêtée par une tempête tant et si bien qu’elle nous salue maintenant sans son chapeau de pierre dont on trouve des vestiges à son pied. Pied qui a également perdu la fenêtre de contrôle de l’aplomb du fil celle-ci étant vraisemblablement enfouie sous la terre.

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On peut noter que le bloc à proximité est pourvu d’un repère géodésique.

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La dernière que nous visitons ne fait plus partie du maillage IGN. Elle est pourtant bien jolie, toute de briques vêtue. On la trouve, abandonnée sur une butte au milieu d’un bois bien touffu. Ce jour-là, à La Grande Paroisse, Phébus m’a fait faux bond aussi les photos manquent un peu de peps.

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Le parement en brique d’une de ses arêtes a subi la visite de la foudre.

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Les nombreuses toiles d’araignées qui tapissent l’intérieur de l’édifice n’ont pas été dérangées depuis belle lurette par un fil à plomb.

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Au sol, une pierre indique l’ancien repère sous la forme d’un petit trou foré où le poids du fil à plomb doit venir se loger.

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De l’extérieur, on retrouve les lumières permettant de visualiser la position du fil.

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La recherche de ces cheminées peut faire un motif de promenades agréables dans la nature, mais n’y laissez pas vos souliers fin Décembre, il y a peu de chances que le Père Noël les visite.

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Vous trouverez la liste des cheminées géodésiques avec leurs emplacements !hand-cursor .
!hand-cursorvous en verrez un grand nombre photographiées. Bien qu’ayant toutes le même usage, on peut constater une grande disparité concernant leurs formes.
Concernant les repères géodésiques, je vous invite à visiter le site de’l’ami Jeanpoule !hand-cursor
C’est pas sorcier la cartographie !hand-cursor

Toitures à la Philibert

 

En Lozère et Aveyron, le profil des toitures de certaines bâtisses ne manque pas d’attirer le regard. On ne peut s’empêcher de songer à une carène de bateau inversée.

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Pourtant, la tradition maritime de ces départements est loin d’être évidente !
Traditionnellement ces charpentes sont qualifiées de charpente à la Philibert Delorme.
On doit à cet architecte (1510-1570) de nombreuses réalisations dont le château d’Anet.
Sa  participation éventuelle au bâti rural qui nous intéresse concerne une invention qui permet de réaliser des charpentes à moindre coup. En effet, celles-ci comportent une succession d’arbalétriers formés par des planches courtes et cintrées assemblées par des chevilles et dont les joints sont alternés. Ces arbalétriers supportent les voliges où sont accrochées ou clouées les ardoises.Toitures Philibert (2)
Les arbalétriers sont reliés entre eux par des liernes fixées par des clefs.gallicaDocuments Gallica.
Il devient beaucoup plus facile de remplacer un élément défectueux et il n’est nul besoin d’employer du bois « noble » ce qui répond à la pénurie de bois de charpente dont souffrait l’époque. Outre la diminution des frais, ces structures offrent le gros avantage de libérer l’espace utilisable des combles.
Il ne reste plus de charpente conçue par Delorme mais sa méthode a rencontré un grand succès et on peut considérer que Delorme est en quelque sorte l’inventeur du lamellé collé.
Pour autant, est-il à l’origine de nos toitures rencontrées sur les berges du Lot ? Rien ne le prouve.
Ces édifices ont bien une similitude avec les charpentes « Philibert » mais sont dépourvues des liernes qui relient les arbalétriers cintrés. La plupart des constructions recensées datent de la fin du XVIIIe début XIXe et sont assez concentrées géographiquement ce qui peut amener à penser qu’il s’agit là plutôt de l’influence d’un compagnon charpentier qui a fait école. La plupart des photos qui suivent ont été prises dans les environs de Saint Côme. Il est à noter que souvent ces charpentes sont en peuplier, bois qui peut se cintrer facilement et qui pousse près des rivières.

 

Alors, Philibert, pas Philibert, carène de bateau ? Qu’importe, naviguons sur  les vagues des monts  aveyronnais à la recherche de quelques toitures aux rondeurs esthétiques parées de lauzes en écailles de poisson.

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Coiffant de simples granges, ces charpentes permettent également des toitures plus complexes.

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Le grand volume que déployait cette grange a été réaménagé de façon contemporaine.

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A Saint Come, la petite chapelle des pénitents possède aussi une toiture dite à la Philibert.

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Pour notre plaisir, la charpente est visible de l’intérieur.

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Détail des arbalétriers formés de trois rangées de planches chevillées entre elles et dont les bouts sont jointés en alternance.

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Avant de quitter les lieux, afin d’éviter le torticolis, tournez aussi votre regard vers le sol, celui-ci comporte de belles dalles funéraires.

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La technique décrite par Philibert Delorme. .hand-cursor .