Des bornes qui dépassent

 

Par un matin pluvieux, accompagné d’un ami plus jeune, nous partons à la recherche d’une pierre bien particulière cachée dans la forêt.
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Cette borne, outre le fait qu’elle soit située en plein milieu des bois se démarque par une gravure présente sur une de ces faces. Cette gravure représente une échelle à 5 barreaux surmontée d’une crosse.

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Il s’agit de l’emblème des Abbesses de l’abbaye de Chelles.
Chelles, échelle, le jeu de mot est tentant mais  peut être s’agit il d’une allusion à la « montée au ciel sur une échelle d’or » de sainte Bathilde fondatrice de l’Abbaye aux alentours de l’an 700 ou plus vraisemblablement du symbole du droit de Haute justice que possédait l’Abbaye comme le mentionne le cartulaire de l’Abbaye.

Au Moyen-âge, le pilori était nommé également échelle patibulaire. La rue de l’Echelle à Paris doit son nom à cette pratique abolie définitivement en 1832. ( Ne pas confondre avec les fourches patibulaires qui désignaient un gibet.)
Echelle spirituelle ou de justice ? Sachant que peu de personnes savaient lire au Moyen-âge, on ne peut non plus écarter la piste du jeu de mot, échelle possédant un phonème identique à celui de l’Abbaye..
On retrouve cette échelle sur le blason de la ville de Chelles:

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Il est légitime de se poser la question si ce crosseron ne serait pas tout simplement un crochet d’attache mais une borne exposée au musée de Chelles montre bien la représentation d’une crosse épiscopale posée en oblique sur l’échelle.

A Chelles , monsieur Lucien Follet a retrouvé une petite borne gravée d’une échelle à cinq barreaux. Un trait oblique au travers de l’échelle symbolise la crosse. Enfouie dans la terre, la hauteur de cette borne est évaluée à un mètre. La section est de 40/40 cm.

Nous ignorons les raisons qui font que les figures de Chelles et celles retrouvées en périphérie de Noisy sur Ecole diffèrent quelque peu. Spécificités locales ou évolution au fil du temps ? Dans le Chellois, les montants d’échelle dépassent le dernier barreau et sont parallèles. L’orientation de l’ensemble est verticale. La gravure illustre deux objets indépendants l’un de l’autre. (Crosse et échelle)
L’emblème représenté en Gâtinais fusionne les images de la crosse et de l’échelle et l’ensemble est incliné.

Dans son histoire de l’Abbaye de Chelles de 1889, tome 2 l’abbé Torchet nous indique que Nicolas Mottet a effectué l’arpentage des pièces de l’Abbaye en 1755 et que les bornes étaient marquées d’une échelle incrustée dans la pierre.

 

 Plusieurs de ces bornes  en grès ont été retrouvées dans la périphérie de la commune de Noisy sur Ecole. Elles font généralement une hauteur hors-sol de 80 cm environ et portent le symbole gravé reprenant le dessin de l’échelle. L’emblème est systématiquement orienté vers Noisy sur Ecole.Ces échelles surmontées d’un crosseron ne sont jamais représentées droites mais toujours inclinées. Les représentations du symbole sont presque identiques sur toutes les bornes retrouvées. Les montants des échelles sont légèrement convergents et a une exception près, ces échelles comportent cinq barreaux, le dernier reliant les extrémités supérieures des montants .
Les crosses se rattachent au milieu du dernier barreau exceptées deux où la hampe se trouve dans le prolongement du montant gauche. L’ouverture du crochet est orientée vers la droite. Les figures sont inclinées majoritairement vers la gauche.
Néanmoins, elles possèdent chacune une petite originalité. Nous partons donc, appareil photo en bandoulière, pour ce jeu des mille sept bornes à la quête de leurs singularités.En premier revenons vers celle cachée dans les bois. La gravure est bien visible.

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Elle a  la particularité de comporter une partie évidée à son sommet dont la l’utilité nous échappe.
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Sortons des bois et rendons nous au Vaudoué.
Devant la Poste, 2 bornes délimitent, tout en l’agrémentant l’esplanade.

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 Sur chacune d’elles nous retrouvons l’échelle gravée.

Une borne porte en plus la date 1730 sur une autre face.

 

Quittons la vallée pour le plateau en direction de Tousson.
Parmi des gravas de pierres provenant d’une démolition des membres des A.A.F.F. eurent la bonne surprise de découvrir un bloc gravé. Afin d’assurer sa préservation celui-ci est mis en valeur dans la cour d’une ferme, ancien chef lieu de  la seigneurie de Noisy propriété des Abbesses de Chelles.

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Cette borne  en plus de l’échelle possède d’un T (pour Tousson ?)  gravé sur la face exposée vers Tousson. Ce T vient peut être du bornage suite au démantèlement des possessions de l’Abbaye après la Révolution.

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Afin d’éviter tout risque je ne donnerai pas d’indication géographique concernant la suivante. Laissons-la tranquillement cachée dans les hautes herbes à l’abri d’éventuels voleurs. Un T est également visible sur une de ses faces.borne13

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La visite suivante nous amène au menhir dit de la Pierre aux Prêtres sur la commune de Tousson.
(Ne pas confondre avec celui de la pierre saint Jacques) Dés le moyen âge ce menhir est connu comme borne repère. Elle fut répertoriée comme menhir en 1911.

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Sur une de ses faces, le symbole bien que peu profondément gravé est bien présent. Il est orienté vers Noisy.

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 Entre Noisy sur Ecole et Oncy se trouvait le « petit menhir du Goulaye ». En fait il s’agit bien d’une de nos bornes. Pour des raisons obscures elle fut déplacée et se trouve maintenant dans la cour de l’école de Noisy. Sa spécificité  tient au fait qu’elle possède  aussi un grand cercle sur le coté opposé à celui où est gravée l’échelle. Il est probable que ce rond soit l’initiale de Oncy , la borne étant placée originalement en bordure des communes.

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L’église baroque d’Asfeld

 

Nous avons déjà admiré les architectures austères d’églises romanes, été fort surpris par l’église de Crusnes toute de fer vêtue, ici, c’est la brique qui habille ce lieu du culte. Ériger le tout en briques, pourquoi ce choix ? Volonté d’économie ou rapidité d’exécution ? Je ne sais pas, mais l’aspect est spectaculaire et inattendu.
Mais la caractéristique la plus étonnante de cette église vient de sa forme où la croix, modèle habituel, a été abandonné. La ligne droite n’existe pas et pour cause, le plan de cette église serait tracé sur la forme d’une viole de Gambe, ancêtre du violoncelle, instrument fort prisé par la musique baroque.Le style baroque est né en Italie à la fin du XVIe siècle. En réponse à la réforme protestante, l’église catholique décide que l’art doit être une vitrine de la religion. L’architecture se doit alors d’impressionner par sa magnificence.
Il se dit que le terme baroque vient du portugais barroco qui désigne une perle naturelle dont les protubérances affectent la perfection. D’autres étymologies sont proposées, quoi qu’il en soit, le style baroque est souvent employé péjorativement pour désigner une opulence de détails et de surcharges décoratives.Point n’est le cas avec cette église unique située à Asfeld. Si les protubérances sont effectivement nombreuses, les courbes et volumes forment un ensemble équilibré fort surprenant.
On doit cet édifice érigé de 1681 à 1683 à Jean Jacques de Mesmes Comte d’Avaux. Il a fait appel à deux architectes : Fleury et surtout le Frère François Romain à qui on doit également le Pont Royal à Paris.
Comme d’habitude, vous pouvez vous référer à Wikipédia ( bible des sources ) pour en savoir un peu plus.

 

Place aux images. Avouez que cette église  pourvue de vieilles lucarnes et nombreuses briques n’est pas banale !

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Une vue aérienne montre bien la forme curviligne de l’édifice qui en fait un exemplaire unique en France.

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On a beau faire le tour, aucune perspective rectiligne n’est visible.

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Comme bien souvent dans l’architecture baroque, l’entrée est précédée d’un péristyle. Celui-ci est chapeauté d’une coupole oblongue soutenue par des colonnes. Ces dernières, à l’instar des colonnes grecques, sont galbées et façonnées de briques au profil convexe.

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L’intérieur de la rotonde qui domine le chœur circulaire est parcouru d’un couloir aérien muni de colonnes éclairées à contre-jour par des persiennes en demi-lune.

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Les fresques ont été rénovées en 2008 et 2009 et l’ensemble dégage une sobriété bien mise en valeur par la profusion de lumières distillées par les nombreux vitraux.

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Ce ne fut pas toujours le cas comme le montre cette ancienne carte postale !

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On termine la visite de ce surprenant édifice en regardant ce panneau sculpté où le Christ se trouve dans un cartouche reproduisant le plan de l’église.

PlanAh oui, j’oubliais, tous les deux ans , un festival de viole de gambe se déroule à Asfeld. Pas vraiment une gambille où les filles frétillent des gambettes mais plutôt des récitals de musique baroque bien entendu.


 

Clochers rouergats

 

De clochers en clochers, continuons notre périple autour d’Espalion.
Cloches et clochers n’ont pas toujours été associés. En effet, les cloches employées pour convoquer les fidèles dès le VIIIe étaient trop petites pour justifier l’édification d’une tour importante.

Néanmoins, des tours de grande taille furent érigées au dessus de la porte des églises bien avant la fonte des grosses cloches. ( Celles-ci firent leur apparition à partir du XIIe. ) On peut penser que ces tours servaient de signe de ralliement et de repère. L’orgueil aidant, les villages se mirent à jouer à savoir qui aura la plus grosse.
( Érection architecturale en guise de démonstration de puissance.)

A cela , il faut ajouter que les invasions barbares à cette époque s’en donnaient à cœur joie. Du coup, les églises se sont protégées en érigeant des tours accolées à la nef qui permettaient de distinguer si l’herbe qui verdoie n’était pas foulée par des socques mal intentionnées. ( Nous visiterons peut être quelques églises fortifiées plus tard. )
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C’est ainsi qu’au fil du temps, le savoir-faire des fondeurs augmentant, ces tours ont tout naturellement accueilli des cloches de plus en plus imposantes.
Pour résumer, je dirais donc que chronologiquement, le clocher a précédé la cloche.

Bien, revenons à nos moutons qui sont, je le rappelle, les contrepoids situés au-dessus de la cloche.
Voici une vue du mouton surmontant une des cloches de l’église de Lassouts.
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Article détaillé sur ces cloches

 

Cette église n’a conservé de sa période romane qu’un tympan et nous ne restons pas sourds à l’appel de sa beauté.
Clochers aveyron (7)Dans le haut du clocher, une belle pièce d’horlogerie nous attend, mais pas de précipitations, tout se mérite.

Petit encart culturohistoricobarbant:

Les cloches sonnaient pour appeler les fidèles à la prière.
• matines
• prime (lever du soleil)
• tierce
• sexte (6ième heure, c’est-à-dire midi)
• none
• vêpres (coucher du soleil),
• complies
• vigile
C’est tout naturellement que l’organisation sociale du temps s’est calquée sur cette découpe temporelle.
Probablement au cours du XIIe les premières horloges en partie mécaniques font leur apparition. Mues généralement par l’eau, (clepsydre) elles actionnaient une petite cloche et prévenaient ainsi frère Jacques qu’ il est temps d’aller sonner les mâtines .
Accrochez vous maintenant .
Au moyen âge, le temps est divisé en 12 pour la journée de lumière et en 12 pour la nuit. Donc, en fonction des saisons les 12ème n’avaient pas la même durée. (Heures Temporelles).
Cela ne posait pas de problème jusqu’à l’apparition des horloges entièrement mécaniques .
Parallèlement le XVe, voit la généralisation des cadrans solaires qui permettent de se caler sur le midi.

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A la longue, on devient raisonnable, pour éviter les difficiles réglages jour/nuit , le temps entre deux midis solaires fut divisé en 24 heures égales. Plus fastoche pour les horlogers.
Pas de bol, les horloges deviennent de plus en plus précises, or, la durée entre les deux midis varie de +/- 15 minutes suivant les saisons. (Faute à la terre qui , on le sait bien , ne tourne pas rond ).
Qu’à cela ne tienne, au XVIIIe on finit par adapter un Temps Solaire Moyen. Ouf ! Dirent les horlogers.
Oui mais le train fait son apparition. Et alors ? Et bien jusque là, les horloges étaient calées sur le midi du cadran solaire. Il existait donc un décalage d’environ une heure entre Brest et Strasbourg. Qui dit train, dit l’affichage d’horaires. Reprise de tête!
Les compagnies ferroviaires affichaient les horaires en fonction de l’heure locale du siège de la compagnie et qui était donc différente de l’heure locale des gares. Certaines horloges affichaient les deux heures.Vous suivez ? Bon, je continue.
Assez ri ! En 1891, l’heure de Paris devient la référence nationale pour mettre tout le monde d’accord.
C’est fini ? Non ! En 1911, la France s’aligne sur le méridien international de Greenwich.
Dernier épisode, 1917-1945 instauration de l’heure d’été/hiver reprise en 1976 histoire de compliquer ce qui avait été simplifié.
C’est bon? Je vous ai assez fait perdre de votre temps.

 

Tout ça pour dire que dans le clocher de l’église de Lassouts, j’ai la chance de découvrir dans une sorte de guérite une magnifique horloge dite d’édifice.
On doit cette belle pièce aux établissements Pager et Cie. Espérons qu’elle ne subira pas des affres du temps après l’avoir tant égrené.horloge Pages
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Le décor floral  typique des Ets. Pagès sur le balancier. (PF = Pagès Francis).
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Complètement abandonné dans un coin des combles se trouve ce restant de mécanisme d’horloge à cage, à moins qu’il ne s’agisse d’un piège à souris très sophistiqué !

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Autre lieu, autre découverte. Le clocher de Sébrazac possède lui aussi une belle horloge reléguée dans la soupente.
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Je n’ai  pas trouvé trace de l’horloger Belmon mais Tchorky, en bon fouineur compétant, a déniché Belmon Antoine, horloger à Laguiole.

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Au passage, jetons un œil sur une des quatre cloches de l’église. Celle-ci fit fondue par les établissements Triadou à Rodez.
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Bouclons ce parcours qui ne s’est pas déroulé à cloche-pied avec un retour à Coubisou où nous retrouvons notre belle horloge. Je pense qu’il s’agit d’un système à cage datant à peu près de la fin 18e.

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J’ai toujours un peu de mal à finir mes articles, aussi, comme y’a pas le feu au lac, vous avez droit à un court extrait:
Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
Et toc !
Sans aucune vergogne, j’ai tout pompé sur ces 3 sites où vous pourrez étancher votre soif de savoir:
Horloge d’édifice
Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Clocher
Tchorski
A bientôt pour d’autres découvertes.

 

Eglise de Vinnac

 

Continuons nos errances Nord Aveyronnaises:Partant de Coubisou, il n’est nul besoin de parcourir une grande distance pour trouver d’autres églises romanes. A tire d’ailes de choucas, nous arrivons à Vinnac, pâté de maisons au mileu des vignes où se cache une belle église surmontée d’un clocher-peigne.

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Il faut lever le nez pour avoir un aperçu de ses richesses.

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Tournée vers la vallée du Lot, la façade Sud, possède une rangée de corbeaux remarquables. Comme bien souvent, l’imaginaire et l’habileté des sculpteurs de modillons sont remarquables.

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On ne sait pas trop quelles étaient leurs motivations pour parer ainsi des monuments religieux de figures grotesques, voire polissonnes, en tous cas, cela montre une ouverture d’esprit qui semble disparue.

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Il n’est pas rare de rencontrer cette sirène bicaudale en position impudique comme ici sur un chapiteau de l’église de Bessuéjouls.m6_mante_r20Ou bien à la chapelle des pénitents à Saint Côme située à quelques kilomètres.m6_mante_r23

 

La modernité des représentations est confondante. A droite, ne dirait-on pas un oiseau échappé des planches de Mœbius?

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Pour voyager dans le temps, ce simurgh fera un excellent moyen de locomotion.

 

L’église est fermée, mais la chance est de notre côté car une charmante personne accepte de nous procurer le précieux sésame sous la forme d’une clé impressionnante.

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L’intérieur est assez classique avec son chœur roman et son agrandissement gothique datant du XIVe.

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Dans une des petites chapelles latérales on peut observer un bel harmonium de la maison Rodolphe.

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La bonne surprise vient du balcon situé au fond de la nef. Une petite porte ouvre sur la sous-pente où un escalier en bois branlant donne accès aux cloches.

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La vue sur la campagne environnante est splendide.

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Nous vous présentons la cloche Jeanne Joséphine Sylvie…

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et sa dédicace.

J’ai été refondue l’ an 1953
Grace à la générosité des parisiens
Et des paroissiens de Vinnac
S.Exc Mgr Marcel Marie Dubois étant évêque de Rodez
L’abbé Leonard, curé
J’ai eu pour parrain Emile Baldit
Et pour marraine Sylvie Burguière épouse Alazard

 

Reprenons notre monture ailée et continuons notre périple par Cabrespine. Les anges sont décidément de notre côté car l’église est exceptionnellement ouverte.

Si à nos yeux profanes, la nef n’offre pas d’intérêt particulier, là aussi une porte dans l’angle du balcon réserve une bonne surprise.
L’huis s’ouvre, accompagné d’un grincement de circonstance, et nous découvrons un magnifique escalier étroit en colimaçon.

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Lors de son ascension, on passe devant une niche abritant le passage des cordes qui actionnent les battant des cloches.

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L’arrivée au sommet est magnifique !

Nous ne sommes pas à Pâques aussi elles sont bien toutes présentes. Quatre cloches, quelque peu conchiées par les cousins de notre monture, occupent le clocher-peigne.

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Celle-ci a la particularité d’avoir une dédicace à l’orthographe un peu fantaisiste. Le fait n’est pas rare. L’illettrisme était répandu à l’époque et pour ne rien arranger, les lettres étaient placées « en miroir » sur la matrice lors de la fabrication du moule.

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FONDEE RPA LES SIEURS TRIADOU A RODEZ EN 1849
SAINTE MARIE PRIYE POUR NOUS

 

Ravis par le cachet si particulier de ces petits  villages du Nord Aveyron nous continuerons d’explorer cette région pour le plaisir des yeux…et de la table !

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Eglise de Coubisou

 

Proches de la vallée du Lot, des petits villages sont disséminés sur les contreforts Sud des monts d’Aubrac. Aujourd’hui, nous allons traîner nos guêtres à Coubisou,  petit village proche d’Espalion. Flâner parmi les ruelles pentues du bourg permet de découvrir de beaux corps de bâtiments dont certains datent du XVIIe.

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Le clocher de l’église, par sa dimension impressionnante, écrase quelque peu  ce hameau. Sa taille peut étonner, mais dans un temps passé, la campagne était exploitée dans ses moindres recoins notamment pour la production de vin. La qualité très aléatoire de celui-ci ainsi que les ravages du phylloxéra ont entraîne l’abandon progressif des vendanges. A cela, il faut ajouter une configuration des terrains rendant difficile  l’exploitation  mécanisée. Tout ceci a pour corollaire une baisse très sensible de la population. De près de 3000 habitants en 1830 elle est maintenant de 500 personnes en 2012. Nonobstant ces difficultés, le bon vin coule de nouveau à Coubisou qui accueille la Maison de la vigne du vin et des paysages d’Estaing.

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Les emplacements nivelés étant rares, l’église est nichée sur une petite terrasse au cœur du village. L’aménagement de la route qui la cerne à moitié a fragilisé les fondations.

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Quand on pénètre dans l’édifice, on est surpris par les proportions. Le chœur roman (XIe, XIIe), en cul de four, est de belle dimension puisqu’il occupe la moitié de la surface de l’édifice. Trois fenêtres diffusent une belle lumière assez rare dans les chapelles romanes.

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Par contre la nef est réduite à la plus simple expression. A la fin du moyen-âge une nef gothique fut projetée mais le projet resta inachevé. Au XVIIIe la nef a été réduite et ne subsistent que 2 chapelles latérales d’où l’impression de disproportion des lieux. La décoration est très sobre, mais on y trouve quand même une belle sculpture polychrome du XVIe.

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Revenons au clocher dont la taille donne une idée du projet grandiose. Par chance, nous avons pu accéder par un petit escalier en bois à la pièce où se trouvent trois cloches.

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Les jougs (ou moutons) qui servent de contrepoids pour le balancement des cloches.

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On peut admirer l’ancien système d’horlogerie. Ménagé dans l’épaisseur du mur, un petit puits accueille les contre-poids en pierre suspendus par un câble .

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Un échafaudage de grosses poutres supporte les cloches. Je suppose qu’il a également pour fonction d’absorber une partie des vibrations pour soulager la maçonnerie. On aperçoit un contrepoids en pierre du système d’horlogerie.

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La plus grosse cloche est de taille respectable.

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La pince porte deux ébréchures dues à l’impact du battant. Maintenant, un marteau actionné électriquement remplace l’ancien système.

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Dédicace :
FONDUE EN 1884 J’AI ETE REFONDUE EN 1913
MA MARRAINE A ETE MME EMILY DEVIC
MON PARRAIN MR L’ABBEE P CONQUET
LES FABRICIENS MRS ALAUX FCOIS ALAUX JPh
BELIERES BURGUIERE NAYROLLES
CURE MR L ABBE JB COUTON
FONDERIE POURCEL VILLEFRANCHE D’AVEYRON

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Au dessus des cloches, la charpente du toit est un bel agencement. La toiture, avec ses lauzes maintenues par des chevilles en bois, supporte à l’extérieur une autre petite cloche.

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Chapeautant le chœur, la structure de la charpente en demi cercle est magnifique.

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Tous ces recoins sont une aubaine pour les choucas qui conchient allègrement les lieux. Tout ce qui tombe du ciel n’ est-il pas béni ? (dixit Toto).

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Ressortons pour profiter des premiers rayons du soleil qui dissipent les rets de la brume matinale. C’est le moment d’aller se taper la cloche en allant déguster un  de ces tripous qui font la renommée de Coubisou !

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Pierres sèches et encorbellements.

Essayons de ne pas trop penser à la rentrée et découvrir comment les Cévenols ont pratiqué le Lego.S’abriter sur les Causses n’est pas chose facile Pour se protéger des rigueurs du climat, depuis toujours, les habitants ont été confrontés au manque de bois pour construire leurs abris. Heureusement, la nature karstique du terrain est riche en surplombs. Ces baumes avec leur toit naturel qu’un mur en pierres sèches suffit à isoler forment des espaces habitables facilement aménageables pour peu  que l’on ne soit pas trop exigeant pour le confort.

 

Des constructions imposantes ont été ainsi érigées comme ce château à trois étages qui domine le Tarn.

 

L’accès demande quelques efforts, mais, la vue est imprenable !

 

Pour s’abriter sur le plateau, le problème est différent car, là, brunis par le soleil, ce ne sont que vastes étendues avares en possibilités de protections naturelles. Par contre, les pierres ne manquent pas. Les caussenards sont passés maitres dans l’édification d’abris en pierres sèches et ont compensé l’absence de charpente en utilisant les voutes construites en encorbellement. Encorbellement pour encore bêlements oserait mon ami berger ! Suivant les régions, ces abris se nomment capitelles ou jasses et voisinent avec les clapas. (Amoncellement des pierres retirées des champs). .

 

Nombre de ces capitelles petit à petit disparaissent, écroulées par la végétation. Une prise de conscience semble naître et des rénovations voient le jour.

 

Les édifices plus élaborés sont bâtis suivant le même principe. La chapelle de Balmes, perdue au milieu du plateau en est un bon exemple.

 

Le narthex avec sa croisée d’ogive supporte le clocher sans faiblir.

 

La présence de la croisée d’ogive semble évoquer une construction plus récente que celle de la nef qui a perdu sa toiture.

 

Nous empruntons un escalier en colimaçon.

 

Arrivés sous le toit, nous voyons nettement la voute en encorbellement. La petite niche servait sans doute à l’implantation de la seule pièce en bois : la poutre supportant la (les) cloche(s).

 

La toiture d’un bâtiment adjacent est de forme concave. L’eau sur les causses est encore plus rare que le bois, nous sommes en présence d’un toit-citerne chargé de drainer l’eau vers un réservoir, preuve de l’ingéniosité des Caussenards.

 

Les architectes cévenols se sont parfaitement adaptés à leur environnement pour nous laisser des constructions magnifiques qui ne sont pas sans offrir un certain mimétisme avec le paysage.

Roman X

Voici un titre bien accrocheur pour attirer le pèlerin !

Ne rêvez pas , le sujet ne sera pas croustillant bien au contraire car ce X aguicheur symbolise le Xe siècle et nous allons parler un peu d’art Roman.
Bon, avec ce préambule je viens de perdre 90% des lecteurs mais, tenace, je persiste pour une foi(s) dans le culturel.

On peut cliquer sur les images pour en profiter en grand mais il faut demander l'autorisation pour en faire usage , merci.

Le Rouergue fort pourvu en édifices religieux est traversé par la Via Piodensis. Rappelons que si le pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle a débuté au IXe siècle ce n'est qu'en 1987 que le Conseil de l'Europe a "officialisé" de manière arbitraire le tracé de ces chemins. L'intérêt économique est non négligeable car de nombreuses structures sont désormais en place. (Hébergement, transport de bagages, restauration* etc.)
*P.Dac préconise les oeufs mollets pour les marcheurs.

L'itinéraire Du Puy en Velay à Saint Jacques (GR65) rencontre un grand succès.
Pratiquement toute l’année, on croise toutes sortes de randonneurs. Des mystiques à l’air béat, des sportifs qui serrent les dents, d'autres qui mélangent les genres avec une petite plume dans les cheveux, ce sont les athlètes dévots à la fine aigrette. (Que Dieu me pardonne !).
Bref, plusieurs milliers de pèlerins habillés Quecha ballottent leur coquille tout en parsemant leur parcours de cailloux entassés au pied de chaque croix rencontrée. Souvent, de petits mots porteurs de prières ou des objets divers accompagnent ces cairns.

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Hélas, du fait de la fréquentation, d’autres cairns malodorants eux aussi accompagnés de papiers jalonnent ce chemin.

Bien, fermons cette parenthèse qui n'a pas été ouverte, et revenons à un peu plus de poésie comme disait Alfred:

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        C'était, dans la nuit brune,

Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

(en entier) 

 

Je vais donc vous présenter le clocher de Saint Pierre de Bessuéjouls et passer du IXe au XIe siècle en laissant le X de coté.
L'église de ce village au pied des monts d'Aubrac est très fréquentée par les pèlerins.

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Au premier coup d’œil elle n’a pas une bien grande allure, mais son clocher du XIe siècle présente une particularité que l’on visitera un peu plus loin. Le reste de l'église date du XVIe et ne présente pas d'intérêt architectural particulier.
Concentrons-nous sur le clocher.
Erigé en pierre de grès rose, son aspect extérieur est austère et sa façade Sud possède des traces de modifications. Le seul décor est une arcature à 5 arcs dont celui central est trilobé. On peut y voir une influence maure.
Sous l'avancée du toit on découvre une belle série de modillons. Les deux avant-corps épaulant le clocher abritent des escaliers et, à l'étage, les collatéraux de la chapelle Saint- Michel.

      Coté Nord

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Coté Sud

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Sur la façade Sud, la voûte du porche du clocher a été murée, ce qui a permis de récupérer de l’espace à l’intérieur de l’église

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La grande particularité de ce clocher tient dans un petit trésor de l'art roman:
Deux escaliers étroits mènent à une chapelle aérienne de 6 mètres de coté qui contient de magnifiques sculptures.

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Un motif est très présent sous la forme géométrique d’entrelacs. Ce type de décor est caractéristique de l’art carolingien et il est étonnant de le voir côtoyer des ornementations de style roman.
C'est une particularité supplémentaire de cette chapelle consacrée à Saint Michel.
On peut consulter un article ici où , pages 395-396, il est question de ce clocher et des entrelacs.

 

L’autel possède une arcature avec l’élément central trilobé comme sur le décor extérieur du clocher.

concrétion

 

Les collatéraux sont séparés de la salle par des arcades soutenues par des colonnes aux chapiteaux richement décorés.

concrétion

 

Je suppose que ce genre de chapelle suspendue doit être assez rare. J'ai même entendu que ce clocher serait à l'origine un minaret ! (Si un lecteur a des infos, je suis preneur.)

 

Avant de reprendre votre bâton de pèlerin en carbone, vous pouvez continuer la visite en cliquant sur l'image suivante:

 

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Bonne route et n'oubliez pas de refermer les clôtures en visitant la région