Lathrée clandestine

 

Avec l’arrivée du printemps, l’humeur mélanbucolique s’exacerbe, aussi les envies de baguenauder reprennent de plus belle afin de profiter du spectacle multicolore offert par les paysages champêtres.
C’est le moment de rencontrer sur les berges des ruisseaux de spectaculaires explosions de bouquets violacés. Suivant les régions, ces manifestations florales ne sont pas rares, mais il faut parfois chausser les bottes afin de les observer car ces belles affectionnent les recoins humides où elles s’épanouissent aux pieds des arbres qui surplombent les ruisseaux.

 

Outre sa floraison peu banale, cette plante se distingue par le fait qu’elle ne possède pas de feuilles.

En effet, nulle manifestation de verdure chlorophyllienne susceptible d’assurer la photosynthèse. Comment la Lathrée clandestine, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, obtient-elle l’énergie nécessaire à sa survie ?

 

La floraison n’est que la partie émergée de l’iceberg ! Cette plante possède un réseau de rhizomes très développé pouvant peser plusieurs kilos. Ces tiges souterraines blanchâtres sont munies de suçoirs qui pompent directement la sève dans les racines des arbres. Ces pompes aspirantes assurent ainsi une transfusion énergétique. Notre belle fleur violette est donc une plante holoarasite. Parasite certes , mais nullement nuisible envers son hôte nourricier.
Son mode d’existence rend toute tentative de transplantation vouée à l’échec aussi ne privons pas le promeneur suivant de l’attrait de la lathrée.


Si on écarte délicatement les feuilles qui jonchent le sol, on découvre de petits bouquets blanchâtres très fragiles.



Ces « bouquets » sont formés d’écailles entre lesquelles le calice de la fleur se développe.

 

La pollinisation est assurée par les butineurs et le vent. La lathrée produit des fruits qui contiennent quatre à cinq fruits. Expulsées mécaniquement (autochorie), les graines tomberont dans l’eau . Les plus chanceuses échoueront plus loin sur un lieu humide à proximité d’un arbre, elles pourront germer, prendre littéralement racine et s’y nourrir. La lathrée va développer tranquillement son rhizome sweet home, mais il faudra attendre dix ans avant que les fleurs éclosent.

 

Quand la fleur a assuré la production de ces graines, elle disparaît complètement de la surface et mérite ainsi sa dénomination de clandestine.
Il est donc bien naturel que l’on ait choisi cette jolie orobanche pour symboliser les amours cachées !

 

2 réflexions au sujet de « Lathrée clandestine »

  1. dix ans pour fleurir ! alors que 5 ans pour un mandat présidentiel… la nature sait être patiente…
    merci pour ton éclairage sur la bizarrerie….

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