Clochers rouergats tome 2

 

Poursuivons la visite de quelques clochers romans du Nord Aveyron.
Bien entendu, depuis le XIIe, les églises ont été bien souvent transformées, perdant ainsi un peu de leur caractère, malgré cela, elles nous offrent fréquemment dans les petits villages, en plus de leur beauté dépouillée, une anecdote ou une curiosité qui les singularise.
Il nous faut cette fois-ci emprunter un joli sentier qui dévale le long d’un vallon perdu sur les contreforts des monts d’Aubrac afin de découvrir un petit édifice.aurelle-Verlac (19)

 

On a du mal à imaginer qu’un hameau dominé par un château était niché dans ce lieu sauvage uniquement desservi par un sentier et on se prend à douter que la sente mène à une église. Pourtant, au détour d’un virage, sur un petit replat du terrain, le bâtiment se devine au travers de la végétation.

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L’église d’Aurelle, avec ses deux travées, est considérée comme la plus petite église romane de France. Son histoire n’est pas banale. En 1383, le baron Canilhac la fit détruire pour éviter que les routiers (ou les Anglais, les versions différent) ne s’en emparent. Excommunié, il dut la reconstruire à l’identique avec les éléments anciens. Nous avons donc une église du XIe… érigée au XIVe !

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L’intérieur est vide de mobilier mais l’église est occupée par de nombreuses ouailles ailées. Une belle colonie de grands rhinolophes justifie les bâches pour protéger le sol des déjections. L’odeur suffit à  protéger les lieux de toute incursion .

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Le clocher est privé de tintinnabules cependant, nous retrouverons une de ses deux cloches plus tard. En attendant vous pouvez constater qu’il n’y a pas qu’à Pâques que les cloches voyagent: !hand-cursor

 

Dans ce cadre sylvain, seules 2 maisons échappent aux ruines qui cernent l’église comme des poussins autour d’une poule. Cependant, on peut encore voir parmi la verdure envahissante un joli four à pain toujours en bon état.aurelle-Verlac (10)

 

Une ondée orageuse nous fera quitter cet endroit ô combien isolé. Nous nous rendons à Verlac, petit village voisin accroché aux contreforts des monts d’Aubrac.
Construit en schiste et basalte, l’édifice roman s’est vu doté d’un beau clocher tour du XVIIIe.aurelle-Verlac (20)

 

Le chevet non modifié avec sa facture typiquement romane comporte des modillons parés de motifs géométriques.

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L’abside est surmontée d’une belle coupole en cul de four.

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Nous avons la chance de pouvoir accéder aux cloches.

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Joséphine, Thérèse et Hellène ne sont pas électrifiées comme en témoignent les nombreuses cordes en place.

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Gros plan sur Thérèse, la cloche des enfants. (C’est marqué dessus).

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Au dessus des trois principales, nous retrouvons, solidement ligotée à la charpente, la cloche itinérante de l’église d’Aurelle. Peu de chances qu’elle retrouve son nid originel.

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Page complète sur les cloches de l’église de Verlac .hand-cursor

 

En sortant, intéressons-nous au porche d’entrée décoré de trois arcs de décharge soutenus par des colonnes adossées.

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A gauche , on peut voir un chapiteau décoré d’ entrelacs floral de belle facture.

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Mais, à mon sens, la grande particularité de cette église se rencontre sur la droite du portail où les entrelacements sont d’une tout autre nature.

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La scène représentée est pour le moins scabreuse. On ne peut que s’interroger sur la motivation des sculpteurs et de leurs commanditaires. Sommes-nous en présence d’une illustration de pratiques condamnées par l’église ou d’une gauloiserie populaire? Je vous invite à consulter ce site où vous retrouverez d’ailleurs notre chapiteau en bas de page.

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En redescendant vers Espalion nous continuons la visite de ces monuments historiques en faisant une halte au Cambon, mais ce sera dans un prochain article.

 


 

Rouquayrols. Sauvetage en mine.

 

Voici un article, mine de rien, qui ne manque pas d’air et qui vous détendra j’espère, vous allez vite comprendre pourquoi !

 

En flânant dans le Nord Aveyron, on peut être interloqué par la présence d’une grosse boîte de conserve d’un orange bien flashy devant l’ancienne église d’Espalion.

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Pas de doute, il s’agit bien d’une tourelle de plongée dont l’échouage au pied des monts d’Aubrac, en plein cœur de la campagne, a de quoi étonner le pèlerin se dirigeant vers Compostelle.

 

Pourtant sa présence est des plus légitimes et, cerise sur le gâteau pour moi, nous allons voir le rapport avec d’autres centres d’intérêts qui me sont chers, c’est-à-dire l’activité minière et l’Aveyron.

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Benoît Rouquayrol a vu le jour dans la bonne ville d’ Espalion le 13 Juin 1826. Ingénieur de l’école des mines de Saint Etienne, il est employé à la Compagnie des houillères et fonderies de l’Aveyron, dont il devient le directeur en 1865 à Decazeville.
Préoccupé par la sécurité dans les mines, il met au point un appareil de sauvetage qui permet d’intervenir dans un milieu infesté de « vapeurs délétères » ou inondé, conséquences des nombreux accidents qui entravaient l’activité.

Petit rappel :
Le bon air de l’Aveyron (et d’ailleurs) contient une proportion de 21% d’oxygène.
Dans les milieux confinés, cette proportion peut diminuer au profit d’autres gaz jusqu’à devenir létale en dessous de 17%.
Les gaz le plus tristement célèbres sont :
Le grisou (Méthane).
Issu de l’houillification des débris végétaux, ce gaz incolore et inodore est très souvent présent dans les mines de charbon. Toxique au plus haut point, il devient en plus explosif mélangé à l’air dans une proportion de 6 à 12% .
La prévention consistait, une fois le personnel évacué, à envoyer un mineur protégé par une carapace en cuir brûler les émanations de ce gaz avant que son accumulation ne devienne dangereuse. Le grisou étant plus léger que l’air, le mineur avançait en rampant en brandissant une perche terminée par une mèche enflammée. Ce travailleur courageux était qualifié de…pénitent. Suite aux nombreux accidents, cette pratique fût interdite en 1835..

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Dioxyde de carbone (CO2).
D’origines diverses, il provient principalement lui aussi de la décomposition des matières organiques, voir de la respiration des mineurs. Egalement inodore et incolore, il est plus lourd que l’air et s’accumule dans les parties basses.
Il est parfois évoqué la présence d’animaux de petite tailles dans les mines afin de détecter ce gaz. Est ce la raison de la présence  de ces empreintes de pattes de chien croisées au fin fond d’une mine ? Il est parfois mentionné la descente de canaris en cage car cet oiseau est particulièrement sensible au CO2. Les rats étaient également de bons déclencheurs d’alerte.

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Seule l’amélioration de la ventilation dans les galeries diminue grandement les risques.

Pour plus de précisions concernant les « gaz délétères, je vous invite à consulter cet article :.hand-cursor

 
Bien, revenons à Espalion.
En cas d’accident, le sauveteur doit:
1/ Pouvoir pénétrer rapidement sur les lieux.
2/ Pouvoir séjourner dans un environnement vicié ou inondé.
3/ Pouvoir s’éclairer*.
4/ Agir librement d’un point de vue ergonomique.

Pour répondre à ces paramètres, Rouquayrol, directeur des mines à Decazeville invente un appareil respiratoire qui fournit l’air à la demande: le détendeur dont le principe est toujours utilisé de nos jours.

*L’éclairage éléctrique n’est pas encore inventé aussi, la lumière provient de lampes dont la flamme à besoin d’un taux minimum d’oxygène. (17%).

 

Appareil portatif de Rouquayrol

IMG_4786_DxOSeul modèle connu en état de fonctionnement.
Classé Monument Historique en 1960.

 

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Le principe est de bénéficier d une réserve d’air sain afin de pouvoir intervenir  pendant un laps de temps suffisant. L’air peut être comprimé dans un réservoir, seulement, pour être inhalé sans danger, l’air inspiré doit être d’une pression atmosphérique égale à celle exercée sur les poumons.(Principe « d’équi-pression »).
Une faible surpression de l’air inhalé fera éclater les tissus des poumons.
Voyons comment Rouquayrol contourna ce problème.
Le sauveteur emporte sur son dos une réserve d’air comprimé (R1). Ce réservoir, baptisé « casserole » en raison de sa forme, peut être relié à une pompe par un tuyau pour une plus grande autonomie. Cet air comprimé passe dans un deuxième réservoir (R2) en ce détendant à la pression ambiante grâce à une membrane. En effet, une soupape (rouge) séparant R1 de R2 est solidaire de celle ci. La modification de la pression atmosphérique agit sur la membrane qui entraîne l’ouverture ou la fermeture de la soupape permettant la communication entre R2 et R1.

La souplesse de la membrane fait que la pression ambiante (donc celle exercée sur les poumons) et celle du réservoir R2 est identique. L’utilisateur bénéficie ainsi d’un apport d’air détendu égal à ses besoins.
Suis -je clair ? Non ? Bon, un petit dessin:

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Un pince nez complète l’équipement. Sur cette photo, on voit le clapet dit « bec de canard » qui évacue l’air expiré. Il est tout simplement formé de 2 feuilles de caoutchouc. La pression extérieure suffit à le rendre étanche. Le souffle de l’expiration décolle les deux feuilles. On ne peut plus simple et efficace !

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Grace à sa réserve d’air, l’usager est complètement autonome.

 

Le fonctionnement de l’appareil est tout aussi efficace en milieu sub-aquatique.

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Version en tôle d’acier dite « à haute pression » permettant une autonomie d’environ 20 minutes à 10 mètres de profondeur sans être relié à une pompe.

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Les photos ont été prises au Musée du scaphandre d’Espalion où Roquayrols testait son appareil dans les eaux du Lot.

 

Confronté à ses occupations de directeur à Decazeville, Rouquayrol s’associe avec Auguste Denayrouze également natif proche d’Espalion. Denayrouze avec son frère Louis perfectionnent et industrialisent le système.  En 1872 Louis dépose le brevet de l‘aérophore, appareil destiné au  sauvetage pour les mines.

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Conscient que le renouvellement de l’air apporté par un long tuyau peut poser des problèmes dans des galeries sinueuses et encombrées, il conçoit une réserve d’air amovible sur chariot que le sauveteur peut amener avec lui. Ce chariot comporte plusieurs réservoirs qui peuvent être changés individuellement offrant ainsi une possibilité d’intervention d’une durée illimitée. Comme on peut le voir sur le dessin, l’éclairage est également rendu possible par une lampe qui bénéficie de l’alimentation en air du système.

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Version portative. Remarquez la lampe alimentée elle aussi par un détendeur.

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Photo tirée du livre de jacques Michel Trois inventeurs méconnus. Ed Musée Joseph Vaylet. Merci à eux.

Vous pouvez consulter la description détaillée de l’appareil par les frères Denayrouze hand-cursor

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Illustration d’une intervention en mine.

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Compte rendu d’une application de l’appareil ROUQUAYROL-DENAYROUZE.(1873) dans une mine..hand-cursor

 

L’association des trois hommes fonctionne  à merveille et de nombreux brevets sont déposés. Le système est tout naturellement développé pour les applications sub-aquatiques. Amélioration de la pompe à air comprimé, casque à hublots et vêtements en toile caoutchoutée, cornet acoustique pour communiquer avec la surface complètent l’équipement.

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L’équipement présenté à l’exposition universelle de paris de 1867 provoque l’enthousiasme de Jules Verne qui lui réserve une bonne place dans son roman Vingt mille lieues sous les mers.
Extrait chapitre XVI.
Le capitaine Nemo introduisit sa tête dans la calotte sphérique. Conseil et moi, nous en fîmes autant, non sans avoir entendu le Canadien nous lancer un « bonne chasse » ironique. Le haut de notre vêtement était terminé par un collet de cuivre taraudé, sur lequel se vissait ce casque de métal. Trois trous, protégés par des verres épais, permettaient de voir suivant toutes les directions, rien qu’en tournant la tête à l’intérieur de cette sphère. Dès qu’elle fut en place, les appareils Rouquayrol, placés sur notre dos, commencèrent à fonctionner, et, pour mon compte, je respirai à l’aise.

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Exercice de guerre souterraine du 3e Régiment du Génie à Arras (France, 1876).

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© Jérôme et Laurent Triolet / mondesouterrain.fr

 

Présenté devant les marines française et étrangères, cet équipement rencontre un grand succès.
Cette photo de 1890 illustre une plongée effectuée par la marine russe. L’appareil alimenté par une pompe est dit « à basse pression ».5f23b4817dDenayrouzehttp://bashny.net/t/en/127019

 

Les contraintes technologiques de l’époque firent que  les améliorations se concentrèrent sur l’équipement des « pieds lourds ». Autre preuve de notoriété, Hergé équipera Tintin du casque à crochet Denayrouze modèle 1884 pour aller à la recherche du trésor de Rackham le rouge.

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Il faudra attendre 50 ans pour que le détendeur redevienne d’actualité avec les développements apportés par E.Gagnan.

 

Notons que l’inventivité de ces inventeurs locaux ne se borne pas au détendeur et ses développements puisque Rouquayrol mis au point une méthode d‘exploitation de la houille réduisant fortement les risques d’incendies et que Louis Denayrouze, quand il ne taquinait pas la muse, inventa entre autres, une lampe  alimentée par un dérivé du goudron de houille: le lusol. Cette lampe a rencontré un vif succès dans les endroits pas encore alimentés par le gaz ou l’électricité.

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En 1987, pour les besoins d’un documentaire de la BBC, l’ appareil Rouquayrol Denayrouze  a démontré sa fiabilité  en replongeant dans les eaux du Lot au pied du Vieux Pont d’ Espalion.  (Photo Jean Roux.)

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Ne soyez donc pas surpris si , le long du Lot, en remontant la berge du ravin, vous croisez le capitaine Némo, le regard tourné vers la source du fleuve où fut mis au point son appareil respiratoire.

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Les appareils de sauvetage en milieu vicié  furent remplacés petit à petit par les systèmes Draeger et Fenzy qui recyclent l’air expiré.

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Ayant prouvé leur efficacité,  les appareils respiratoires font partie de l’équipement du sauveteur minier. Voici deux modèles plus récents photographiés au musée de Blye les mines et Brassac les mines.

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Si l’invention du scaphandre autonome est abusivement attribuée à l’homme au bonnet rouge et sa Calypso, l’hommage rendu par la ville d’Espalion, grâce au musée, rétablit la vérité historique.



 

Le Havre. Eglise Saint Joseph

 

Rasé pendant la dernière guerre, le centre-ville a vu sa reconstruction confiée à l’architecte Auguste Perret. Ce dernier a utilisé au maximum les caractéristiques novatrices du béton. Il en résulte un ensemble homogène basé sur des carrés de 6.24mètres, portée maximal d’une poutre en béton. Perret, avec R. Audigier dessine la nouvelle église qui sera terminée en 1959.
Vu de l’extérieur, l’ensemble me parait quelque peu « massif » malgré son impressionnant clocher qui culmine à 110m.

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Une fois la porte franchie, on est surpris par l’originalité de l’édifice avec son chœur placé au centre de la nef. L’espace est dégagé de toute colonne. Le volume fait que l’on est à l’opposé de l’ambiance souvent oppressante qui peut régner dans ce genre de monument.

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D’habitude, je ne suis pas fan du béton, mais ici, il faut bien admettre que l’ensemble est de toute beauté. Pas de fioriture ni de décoration, l’esthétique émane uniquement de la structure.

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Au-dessus du chœur, le regard est littéralement « aspiré » par la flèche octogonale qui domine l’autel. Je vous laisse juge.

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Cette flèche monumentale serait un cierge érigé pour remercier Dieu du retour de la paix.

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L’agencement des vitraux de Marguerite Hédé, aux couleurs du plus sombre au plus clair, renforce l’effet de verticalité.

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Un impressionnant escalier en colimaçon permet d’accéder au sommet, mais il est hélas inaccessible aux touristes.

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Le style géométrique et anguleux peu courant dans les églises est bien mis en valeur par l’éclairage électrique des piliers ainsi que par la forme verticale des vitraux.

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Le Havre by night, le « cierge » éclairé se découpe devant les nuages venus du large.

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Allez, pour finir cet intermède touristique, une petite vue du port de plaisance avec bien sûr, vue sur l’église.

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Bonne rentrée à vous.

Vestiges miniers à Carmaux

 

Un soleil de plomb domine ce paysage tarnais. Il règne un grand calme, la chaleur semble même étouffer les sons, mais ce ne fut pas toujours le cas .

carmaux (12)Cette impressionnante cuvette n’a rien de naturel ! Plus d’un kilomètre de diamètre pour une profondeur de 300 mètres, c’est le résultat de ce qui est encore à ce jour, la plus importante excavation houillère d’Europe.

En 1752, l’exploitation industrielle et souterraine du charbon commence sous l’impulsion du marquis de Solages.
Fin XIXe, la mine emploie plus de 2000 personnes. Des grèves sévères ont lieu. Jean Jaurès est élu député de Carmaux en 1895. La ville devient un symbole du socialisme.
En 1945, les mines sont nationalisées.
A partir des années 1950, la concurrence du pétrole entame une période de déclin irréversible.
En 1980 F. Mitterrand s’engage à soutenir l’activité minière sur le site.
Suite à des mouvements de grève, une tentative d’exploitation à ciel ouvert est lancée pour tenter de sauver la filière. L’aventure de durera qu’une dizaine d’année.
1985 : début de l’exploitation à découvert.
1987 : fermeture du dernier puits.
1997 Fin de l’exploitation du charbon.
La réhabilitation du site se fait non sans mal en transformant celui-ci en un parc familial de loisirs et d’aventure.
Voici un petit aperçu de l’évolution du site.

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Place aux images.
Moi qui suis toujours à la recherche des témoignages de l’ activité des fouisseurs de terrain et qui m’ ébaubis à la vue d’un reste de berline perdue dans la forêt de Fontainebleau, moi qui trouve que la rouille n’est pas dénuée de poésie et pas que grâce  aux possibilités de rimes qu’elle offre, ici, je suis comblé !
Sur les gradins qui flanquent le cratère sont exposés quelques monstres responsables de l’excavation. La taille de ces petites usines ambulantes est on ne peut plus spectaculaire !
Une pelle LIEBHER qui accuse 160 tonnes sur la bascule.carmaux (10)
Ce dumper possède des roues d’un diamètre de deux mètres.carmaux (9)carmaux (11)

 

Cette excavatrice aux chenilles surdimensionnées semble sortie d’un décor de Stars war !
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Elle alimentait un tapis roulant amovible.

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Le paysage ne pouvait pas lutter face à de tels engins et on comprend rapidement qu’une dizaine d’années suffirent à modifier complètement sa physionomie.

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Ces grosses bébêtes sont conçues pour faire des trous, mais en 1985, leurs puissances fut employées à un autre usage :


 

Nous allons voir maintenant que si la force industrielle de ses engins est colossale, la puissance destructive de la bêtise humaine n’a rien à lui envier.
Une fois extrait, le charbon doit être débarrassé de ses impuretés. Au Tronquié, une usine de lavage est installée. Depuis sa fermeture aux alentours de fin 1990 elle est la proie de visiteurs malveillants dont l’acharnement laisse pantois.
carmaux (20)Tout est tagué, cassé, brulé, au grand découragement du propriétaire actuel. Certes, le photographe y trouvera toujours un intérêt puisque cet imposant édifice à la structure ajourée réserve malgré tout des possibilités photogéniques mais quel gâchis !
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Une double rampe d’accès  amenait le charbon aux lavoirs.

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Voici ce qui reste des sanitaires ! Quelle constance dans la destruction.

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Ainsi finit le patrimoine industriel…
Ce site, pollué et dangereux, est à éviter. Heureusement, on peut se consoler à Cagnac les mines. Le musée de la mine, que l’on doit à l’initiative d’anciens mineurs soucieux de conserver un témoignage de ce qui fut la richesse de Carmaux, nous replonge dans les conditions de travail de l’époque.
Par exemple, on peut voir à gauche des piliers hydrauliques, au milieu le convoyeur blindé et à droite la haveuse à tambour.

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Le village fantôme

 

Le département de la manche est renommé entre autres pour ses magnifiques plages de sable.

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Au plaisir des yeux s’ajoute celui de la bouche. Le faible dénivelé des rivages, associé à un marnage des plus important au monde sont favorables à l’ activité conchylicole et à la pêche à pied.

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Quand plusieurs fois par jour le beau temps s’installe, tout est en place pour profiter pleinement de la nature.

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Rien de bien fantomatique dans cette introduction ne manquera pas de noter le lecteur perspicace et pourtant… Baguenaudes a plus d’un tour dans son sac pour essayer de vous titiller la rétine.
Si l’eau peut paraître fraîche, flâner sur le rivage est un grand plaisir visuel aussi la surprise est de taille quand, une fois la dune franchie, on découvre ce spectacle improbable.

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Il ne s’agit pas là d’une ou deux constructions sauvages mais, bien d’un hameau dont  l’histoire est heureusement peu courante.

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Nous sommes à Pirou petite station balnéaire. L’emplacement au bord de la plage est idyllique. Dans les années 90, un promoteur lance le projet d’un lotissement d’environ 80 maisons. L’édification des maisons est faite alors qu’aucun réseau de viabilité n’existe. Pas de voirie ni égouts, encore moins d’eau et électricité. Les maisons sont posées sur le sable sans aucun branchement ! Bien que de nombreuses habitations soient terminées, le permis de construire est finalement refusé. Privé du soutien des banques, le promoteur fait faillite entraînant celles de nombreuses entreprises ayant participé aux constructions. Les propriétaires des maisons se retrouvent le bec dans l’eau salée. Les entrepreneurs sont venus récupérer ce qui pouvait l’être, imités par des « indélicats ». Le village, construit en béton cellulaire, s’est rapidement retrouvé à l’état de ruine malgré la surveillance de la gendarmerie chargée d’éviter le pillage;
Depuis, la mairie a racheté les parcelles mais, réhabiliter le site n’est pas une mince affaire et la situation perdure.
En attendant, le site est devenu un lieu de promenade où les graffeurs s’en donnent à cœur joie et j’avoue que contrairement aux carrières souterraines, ces manifestations rupestres ici s’accordent bien avec les lieux.
Finalement, cet ensemble complètement déstructuré et livré aux expressions artistiques non codifiées possède une allure homogène qui contribue à l’extravagance de cet endroit improbable au milieu des dunes.

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Ce village concentre une bonne partie de tout ce que je déteste habituellement: béton cellulaire au milieu de la nature, tags à tout va, déblais et pourtant, cette concentration bien circonscrite balayée par le vent du large possède une ambiance très particulière qui ne manque pas de poésie.
Soumis aux attaques des intempéries et aux plans de réhabilitation, le site est naturellement destiné à disparaître dans un avenir proche. Le Village Fantôme ainsi baptisé par les Pirouais ne sera plus qu’un souvenir illustré par quelques photos.

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La vue aérienne montre l’étendue du site. Le grand bâtiment gris en bas à gauche était un hôtel avec piscine hexagonale.

 

L’église baroque d’Asfeld

 

Nous avons déjà admiré les architectures austères d’églises romanes, été fort surpris par l’église de Crusnes toute de fer vêtue, ici, c’est la brique qui habille ce lieu du culte. Ériger le tout en briques, pourquoi ce choix ? Volonté d’économie ou rapidité d’exécution ? Je ne sais pas, mais l’aspect est spectaculaire et inattendu.
Mais la caractéristique la plus étonnante de cette église vient de sa forme où la croix, modèle habituel, a été abandonné. La ligne droite n’existe pas et pour cause, le plan de cette église serait tracé sur la forme d’une viole de Gambe, ancêtre du violoncelle, instrument fort prisé par la musique baroque.Le style baroque est né en Italie à la fin du XVIe siècle. En réponse à la réforme protestante, l’église catholique décide que l’art doit être une vitrine de la religion. L’architecture se doit alors d’impressionner par sa magnificence.
Il se dit que le terme baroque vient du portugais barroco qui désigne une perle naturelle dont les protubérances affectent la perfection. D’autres étymologies sont proposées, quoi qu’il en soit, le style baroque est souvent employé péjorativement pour désigner une opulence de détails et de surcharges décoratives.Point n’est le cas avec cette église unique située à Asfeld. Si les protubérances sont effectivement nombreuses, les courbes et volumes forment un ensemble équilibré fort surprenant.
On doit cet édifice érigé de 1681 à 1683 à Jean Jacques de Mesmes Comte d’Avaux. Il a fait appel à deux architectes : Fleury et surtout le Frère François Romain à qui on doit également le Pont Royal à Paris.
Comme d’habitude, vous pouvez vous référer à Wikipédia ( bible des sources ) pour en savoir un peu plus.

 

Place aux images. Avouez que cette église  pourvue de vieilles lucarnes et nombreuses briques n’est pas banale !

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Une vue aérienne montre bien la forme curviligne de l’édifice qui en fait un exemplaire unique en France.

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On a beau faire le tour, aucune perspective rectiligne n’est visible.

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Comme bien souvent dans l’architecture baroque, l’entrée est précédée d’un péristyle. Celui-ci est chapeauté d’une coupole oblongue soutenue par des colonnes. Ces dernières, à l’instar des colonnes grecques, sont galbées et façonnées de briques au profil convexe.

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L’intérieur de la rotonde qui domine le chœur circulaire est parcouru d’un couloir aérien muni de colonnes éclairées à contre-jour par des persiennes en demi-lune.

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Les fresques ont été rénovées en 2008 et 2009 et l’ensemble dégage une sobriété bien mise en valeur par la profusion de lumières distillées par les nombreux vitraux.

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Ce ne fut pas toujours le cas comme le montre cette ancienne carte postale !

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On termine la visite de ce surprenant édifice en regardant ce panneau sculpté où le Christ se trouve dans un cartouche reproduisant le plan de l’église.

PlanAh oui, j’oubliais, tous les deux ans , un festival de viole de gambe se déroule à Asfeld. Pas vraiment une gambille où les filles frétillent des gambettes mais plutôt des récitals de musique baroque bien entendu.


 

Clochers rouergats

 

De clochers en clochers, continuons notre périple autour d’Espalion.
Cloches et clochers n’ont pas toujours été associés. En effet, les cloches employées pour convoquer les fidèles dès le VIIIe étaient trop petites pour justifier l’édification d’une tour importante.

Néanmoins, des tours de grande taille furent érigées au dessus de la porte des églises bien avant la fonte des grosses cloches. ( Celles-ci firent leur apparition à partir du XIIe. ) On peut penser que ces tours servaient de signe de ralliement et de repère. L’orgueil aidant, les villages se mirent à jouer à savoir qui aura la plus grosse.
( Érection architecturale en guise de démonstration de puissance.)

A cela , il faut ajouter que les invasions barbares à cette époque s’en donnaient à cœur joie. Du coup, les églises se sont protégées en érigeant des tours accolées à la nef qui permettaient de distinguer si l’herbe qui verdoie n’était pas foulée par des socques mal intentionnées. ( Nous visiterons peut être quelques églises fortifiées plus tard. )
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C’est ainsi qu’au fil du temps, le savoir-faire des fondeurs augmentant, ces tours ont tout naturellement accueilli des cloches de plus en plus imposantes.
Pour résumer, je dirais donc que chronologiquement, le clocher a précédé la cloche.

Bien, revenons à nos moutons qui sont, je le rappelle, les contrepoids situés au-dessus de la cloche.
Voici une vue du mouton surmontant une des cloches de l’église de Lassouts.
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Article détaillé sur ces cloches

 

Cette église n’a conservé de sa période romane qu’un tympan et nous ne restons pas sourds à l’appel de sa beauté.
Clochers aveyron (7)Dans le haut du clocher, une belle pièce d’horlogerie nous attend, mais pas de précipitations, tout se mérite.

Petit encart culturohistoricobarbant:

Les cloches sonnaient pour appeler les fidèles à la prière.
• matines
• prime (lever du soleil)
• tierce
• sexte (6ième heure, c’est-à-dire midi)
• none
• vêpres (coucher du soleil),
• complies
• vigile
C’est tout naturellement que l’organisation sociale du temps s’est calquée sur cette découpe temporelle.
Probablement au cours du XIIe les premières horloges en partie mécaniques font leur apparition. Mues généralement par l’eau, (clepsydre) elles actionnaient une petite cloche et prévenaient ainsi frère Jacques qu’ il est temps d’aller sonner les mâtines .
Accrochez vous maintenant .
Au moyen âge, le temps est divisé en 12 pour la journée de lumière et en 12 pour la nuit. Donc, en fonction des saisons les 12ème n’avaient pas la même durée. (Heures Temporelles).
Cela ne posait pas de problème jusqu’à l’apparition des horloges entièrement mécaniques .
Parallèlement le XVe, voit la généralisation des cadrans solaires qui permettent de se caler sur le midi.

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A la longue, on devient raisonnable, pour éviter les difficiles réglages jour/nuit , le temps entre deux midis solaires fut divisé en 24 heures égales. Plus fastoche pour les horlogers.
Pas de bol, les horloges deviennent de plus en plus précises, or, la durée entre les deux midis varie de +/- 15 minutes suivant les saisons. (Faute à la terre qui , on le sait bien , ne tourne pas rond ).
Qu’à cela ne tienne, au XVIIIe on finit par adapter un Temps Solaire Moyen. Ouf ! Dirent les horlogers.
Oui mais le train fait son apparition. Et alors ? Et bien jusque là, les horloges étaient calées sur le midi du cadran solaire. Il existait donc un décalage d’environ une heure entre Brest et Strasbourg. Qui dit train, dit l’affichage d’horaires. Reprise de tête!
Les compagnies ferroviaires affichaient les horaires en fonction de l’heure locale du siège de la compagnie et qui était donc différente de l’heure locale des gares. Certaines horloges affichaient les deux heures.Vous suivez ? Bon, je continue.
Assez ri ! En 1891, l’heure de Paris devient la référence nationale pour mettre tout le monde d’accord.
C’est fini ? Non ! En 1911, la France s’aligne sur le méridien international de Greenwich.
Dernier épisode, 1917-1945 instauration de l’heure d’été/hiver reprise en 1976 histoire de compliquer ce qui avait été simplifié.
C’est bon? Je vous ai assez fait perdre de votre temps.

 

Tout ça pour dire que dans le clocher de l’église de Lassouts, j’ai la chance de découvrir dans une sorte de guérite une magnifique horloge dite d’édifice.
On doit cette belle pièce aux établissements Pager et Cie. Espérons qu’elle ne subira pas des affres du temps après l’avoir tant égrené.horloge Pages
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Le décor floral  typique des Ets. Pagès sur le balancier. (PF = Pagès Francis).
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Complètement abandonné dans un coin des combles se trouve ce restant de mécanisme d’horloge à cage, à moins qu’il ne s’agisse d’un piège à souris très sophistiqué !

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Autre lieu, autre découverte. Le clocher de Sébrazac possède lui aussi une belle horloge reléguée dans la soupente.
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Je n’ai  pas trouvé trace de l’horloger Belmon mais Tchorky, en bon fouineur compétant, a déniché Belmon Antoine, horloger à Laguiole.

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Au passage, jetons un œil sur une des quatre cloches de l’église. Celle-ci fit fondue par les établissements Triadou à Rodez.
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Bouclons ce parcours qui ne s’est pas déroulé à cloche-pied avec un retour à Coubisou où nous retrouvons notre belle horloge. Je pense qu’il s’agit d’un système à cage datant à peu près de la fin 18e.

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J’ai toujours un peu de mal à finir mes articles, aussi, comme y’a pas le feu au lac, vous avez droit à un court extrait:
Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
Et toc !
Sans aucune vergogne, j’ai tout pompé sur ces 3 sites où vous pourrez étancher votre soif de savoir:
Horloge d’édifice
Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Clocher
Tchorski
A bientôt pour d’autres découvertes.

 

Eglise de Vinnac

 

Continuons nos errances Nord Aveyronnaises:Partant de Coubisou, il n’est nul besoin de parcourir une grande distance pour trouver d’autres églises romanes. A tire d’ailes de choucas, nous arrivons à Vinnac, pâté de maisons au mileu des vignes où se cache une belle église surmontée d’un clocher-peigne.

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Il faut lever le nez pour avoir un aperçu de ses richesses.

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Tournée vers la vallée du Lot, la façade Sud, possède une rangée de corbeaux remarquables. Comme bien souvent, l’imaginaire et l’habileté des sculpteurs de modillons sont remarquables.

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On ne sait pas trop quelles étaient leurs motivations pour parer ainsi des monuments religieux de figures grotesques, voire polissonnes, en tous cas, cela montre une ouverture d’esprit qui semble disparue.

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Il n’est pas rare de rencontrer cette sirène bicaudale en position impudique comme ici sur un chapiteau de l’église de Bessuéjouls.m6_mante_r20Ou bien à la chapelle des pénitents à Saint Côme située à quelques kilomètres.m6_mante_r23

 

La modernité des représentations est confondante. A droite, ne dirait-on pas un oiseau échappé des planches de Mœbius?

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Pour voyager dans le temps, ce simurgh fera un excellent moyen de locomotion.

 

L’église est fermée, mais la chance est de notre côté car une charmante personne accepte de nous procurer le précieux sésame sous la forme d’une clé impressionnante.

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L’intérieur est assez classique avec son chœur roman et son agrandissement gothique datant du XIVe.

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Dans une des petites chapelles latérales on peut observer un bel harmonium de la maison Rodolphe.

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La bonne surprise vient du balcon situé au fond de la nef. Une petite porte ouvre sur la sous-pente où un escalier en bois branlant donne accès aux cloches.

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La vue sur la campagne environnante est splendide.

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Nous vous présentons la cloche Jeanne Joséphine Sylvie…

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et sa dédicace.

J’ai été refondue l’ an 1953
Grace à la générosité des parisiens
Et des paroissiens de Vinnac
S.Exc Mgr Marcel Marie Dubois étant évêque de Rodez
L’abbé Leonard, curé
J’ai eu pour parrain Emile Baldit
Et pour marraine Sylvie Burguière épouse Alazard

 

Reprenons notre monture ailée et continuons notre périple par Cabrespine. Les anges sont décidément de notre côté car l’église est exceptionnellement ouverte.

Si à nos yeux profanes, la nef n’offre pas d’intérêt particulier, là aussi une porte dans l’angle du balcon réserve une bonne surprise.
L’huis s’ouvre, accompagné d’un grincement de circonstance, et nous découvrons un magnifique escalier étroit en colimaçon.

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Lors de son ascension, on passe devant une niche abritant le passage des cordes qui actionnent les battant des cloches.

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L’arrivée au sommet est magnifique !

Nous ne sommes pas à Pâques aussi elles sont bien toutes présentes. Quatre cloches, quelque peu conchiées par les cousins de notre monture, occupent le clocher-peigne.

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Celle-ci a la particularité d’avoir une dédicace à l’orthographe un peu fantaisiste. Le fait n’est pas rare. L’illettrisme était répandu à l’époque et pour ne rien arranger, les lettres étaient placées « en miroir » sur la matrice lors de la fabrication du moule.

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FONDEE RPA LES SIEURS TRIADOU A RODEZ EN 1849
SAINTE MARIE PRIYE POUR NOUS

 

Ravis par le cachet si particulier de ces petits  villages du Nord Aveyron nous continuerons d’explorer cette région pour le plaisir des yeux…et de la table !

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Eglise de Coubisou

 

Proches de la vallée du Lot, des petits villages sont disséminés sur les contreforts Sud des monts d’Aubrac. Aujourd’hui, nous allons traîner nos guêtres à Coubisou,  petit village proche d’Espalion. Flâner parmi les ruelles pentues du bourg permet de découvrir de beaux corps de bâtiments dont certains datent du XVIIe.

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Le clocher de l’église, par sa dimension impressionnante, écrase quelque peu  ce hameau. Sa taille peut étonner, mais dans un temps passé, la campagne était exploitée dans ses moindres recoins notamment pour la production de vin. La qualité très aléatoire de celui-ci ainsi que les ravages du phylloxéra ont entraîne l’abandon progressif des vendanges. A cela, il faut ajouter une configuration des terrains rendant difficile  l’exploitation  mécanisée. Tout ceci a pour corollaire une baisse très sensible de la population. De près de 3000 habitants en 1830 elle est maintenant de 500 personnes en 2012. Nonobstant ces difficultés, le bon vin coule de nouveau à Coubisou qui accueille la Maison de la vigne du vin et des paysages d’Estaing.

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Les emplacements nivelés étant rares, l’église est nichée sur une petite terrasse au cœur du village. L’aménagement de la route qui la cerne à moitié a fragilisé les fondations.

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Quand on pénètre dans l’édifice, on est surpris par les proportions. Le chœur roman (XIe, XIIe), en cul de four, est de belle dimension puisqu’il occupe la moitié de la surface de l’édifice. Trois fenêtres diffusent une belle lumière assez rare dans les chapelles romanes.

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Par contre la nef est réduite à la plus simple expression. A la fin du moyen-âge une nef gothique fut projetée mais le projet resta inachevé. Au XVIIIe la nef a été réduite et ne subsistent que 2 chapelles latérales d’où l’impression de disproportion des lieux. La décoration est très sobre, mais on y trouve quand même une belle sculpture polychrome du XVIe.

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Revenons au clocher dont la taille donne une idée du projet grandiose. Par chance, nous avons pu accéder par un petit escalier en bois à la pièce où se trouvent trois cloches.

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Les jougs (ou moutons) qui servent de contrepoids pour le balancement des cloches.

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On peut admirer l’ancien système d’horlogerie. Ménagé dans l’épaisseur du mur, un petit puits accueille les contre-poids en pierre suspendus par un câble .

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Un échafaudage de grosses poutres supporte les cloches. Je suppose qu’il a également pour fonction d’absorber une partie des vibrations pour soulager la maçonnerie. On aperçoit un contrepoids en pierre du système d’horlogerie.

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La plus grosse cloche est de taille respectable.

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La pince porte deux ébréchures dues à l’impact du battant. Maintenant, un marteau actionné électriquement remplace l’ancien système.

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Dédicace :
FONDUE EN 1884 J’AI ETE REFONDUE EN 1913
MA MARRAINE A ETE MME EMILY DEVIC
MON PARRAIN MR L’ABBEE P CONQUET
LES FABRICIENS MRS ALAUX FCOIS ALAUX JPh
BELIERES BURGUIERE NAYROLLES
CURE MR L ABBE JB COUTON
FONDERIE POURCEL VILLEFRANCHE D’AVEYRON

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Au dessus des cloches, la charpente du toit est un bel agencement. La toiture, avec ses lauzes maintenues par des chevilles en bois, supporte à l’extérieur une autre petite cloche.

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Chapeautant le chœur, la structure de la charpente en demi cercle est magnifique.

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Tous ces recoins sont une aubaine pour les choucas qui conchient allègrement les lieux. Tout ce qui tombe du ciel n’ est-il pas béni ? (dixit Toto).

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Ressortons pour profiter des premiers rayons du soleil qui dissipent les rets de la brume matinale. C’est le moment d’aller se taper la cloche en allant déguster un  de ces tripous qui font la renommée de Coubisou !

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La grotte aux cristaux

 

Les errances de Baguenaudes continuent de trous en trous. La périnégration cette fois-ci nous mène dans une cavité ornée de  concrétions aux érections spectaculaires digne des œuvres de Mc Carthy. La majesté des lieux impose une approche des plus humbles puisque, tel le vermisseau, il faut se tortiller longuement dans une boue amoureuse avant de pouvoir lever les yeux vers ces salles aux parures magnifiques.

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La beauté des lieux nous récompense largement de nos efforts rampignolesques.

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Il faut progresser avec précaution afin de ne pas souiller la blancheur virginale des concrétions et prendre bien garde de ne pas casser une délicate fistuleuse. On touche avec les yeux !

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Je vous ai déjà parlé de manière très succincte de la formation des concrétions. J’ajoute vite fait que le carbonate de calcium se reprécipite généralement en cristaux rhomboédriques pour former la calcite.

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Plus rarement, les cristaux prennent une forme orthorhombique et nous offrent ces splendides bouquets d’aragonite.

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Au gré des fluctuations environnementales (variation du débit de l’eau, courants d’air etc.), les cristallisations peuvent prendre des formes improbables.

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Ici une stalagmite se développe sur une fistuleuse tombée du plafond.

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Là, nous avons droit à une délicate coupelle.

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La calcite se dépose également sur le bords des flaques. Telle Pénélope, elle tisse inlassablement un voile gracile à la surface de l’eau.

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A la longue, des dentelles festonnées se forment. Nous sommes alors en présence de gours.

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Par endroits, ces bourrelets peuvent devenir importants, formant des terrasses surplombantes au dessus de l’eau.

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Éblouis par toutes ces formations révélées par le faisceau de nos lampes, nous avons bien du mal à quitter ces lieux si fragiles en s’efforçant de ne pas laisser de traces de notre visite.

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La grotte aux cristaux.